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La pathographie de Jules dans le Journal des Goncourt : une écriture de l’intime au service de la postérité d’un « mort en littérature »

Arthur Longeville, 3e cycle, Sorbonne Université

Résumé : Cet article vise à relire le récit au jour le jour de l’agonie de Jules de Goncourt par son frère Edmond, paru pour la première fois en 1888 dans le troisième tome du Journal des Goncourt, en analysant la manière dont l’aîné construit la scénographie de la mort littéraire de son cadet. Cela passe par une écriture intime de la souffrance, à la fois celle du malade et celle du narrateur qui voit son plus proche parent mourir sous ses yeux. L’origine étiologique de la maladie y est associée aux excès du travail littéraire, plutôt qu’à la maladie vénérienne qui ronge Jules depuis des années. Edmond produit donc un texte dont il est difficile de distinguer les différentes strates d’écriture, depuis les notes prises au chevet de son frère mourant jusqu’à la version probablement retravaillée du récit qui paraît dix-huit ans plus tard, mais qui orchestre une mort exemplaire d’homme de lettres, dont il est possible d’examiner la réception enthousiaste dans la presse à l’époque de sa publication. Cette étude révèle la puissance d’un imaginaire de l’incarnation littéraire pathologique à la fin du XIXe siècle, tout en permettant de porter un regard sur la stratégie mémorielle construite par Edmond pour élever son frère cadet au rang de martyr des lettres.


Le 20 juin 1870, à neuf heures et quarante minutes, Jules de Goncourt meurt à l’issue d’une longue et douloureuse agonie. Son frère Edmond, avec qui il a toujours vécu et écrit, est à ses côtés, comme depuis les débuts de sa maladie. Cela fait plusieurs mois que l’aîné consigne dans leur journal, auquel Jules n’est plus en mesure de contribuer, la description des maux de son cadet. Ce matin-là, deux lignes datées à la minute près font le constat du dernier soupir du malade, âgé de trente-neuf ans seulement.

Les pages du Journal des Goncourt consacrées à la maladie de Jules constituent un cas rare de récit du déclin d’une vie au jour le jour, vécu en quelque sorte de l’intérieur, non du point de vue du mourant lui-même mais de son parent et ami le plus proche. Au regard surplombant et rétrospectif de la nécrologie, Edmond de Goncourt substitue ici l’écriture au quotidien de ce que l’on pourrait appeler une nécrographie. Celle-ci s’inscrit dans la continuité d’un projet de journal de la « vie littéraire1 », débuté en 1851, qui est aussi un journal de leur vie intime, et notamment de leurs maux d’écrivains. Cette « vie littéraire » s’entend à la fois au sens de la vie sociale d’un milieu littéraire, que les deux frères fréquentent et dans lequel ils essayent de se faire une place ; ainsi qu’au sens de la vie corporelle de deux créateurs qui éprouvent l’écriture dans leur chair, une sorte de nosographie du « corps pathétique2 » littéraire marqué par une hypersensibilité nerveuse.

En réalité, les maux de Jules de Goncourt ne tiennent pas seulement à son excès d’activité littéraire. Dans sa jeunesse, il a contracté la « vérole3 », c’est-à-dire la syphilis, une maladie vénérienne qui tue lentement son hôte, détruisant progressivement ses facultés physiques et mentales. Au cours des années  1869-1870, Jules entre dans le stade tertiaire de la maladie, celui de la neurosyphilis, au cours duquel la bactérie atteint le cerveau. De plus en plus diminué, épuisé par les séances inefficaces d’hydrothérapie que son médecin lui impose quotidiennement, il écrit pour la dernière fois dans le Journal le 19 janvier 1870, pour se plaindre du « petit pavillon de souffrance et de torture » où il reçoit ses douches d’eau froide, et noter le caractère « bizarre et singulier » des « affections nerveuses4 ».

C’est alors Edmond qui « reprend la plume tombée des mains5 » de Jules. Le frère aîné avait jusque-là très peu contribué au journal par rapport à son cadet : cinq prises de plume pendant l’année 1869, une seulement en 1868. Pendant les vingt-six ans durant lesquels il survit à Jules, avant de mourir lui-même à l’âge de soixante-quatorze ans, il poursuit pourtant seul la tâche monumentale d’écriture au quotidien de la vie littéraire. Cette difficile succession commence donc pour Edmond par une surprenante entreprise de description, très détaillée, de la maladie et de la mort de son frère. Le garde-malade se fait pathographe et nécrographe, mais également observateur de sa propre détresse face à la fin de vie douloureuse du proche. Ce récit fabrique l’étiologie littéraire de l’ultime maladie de Jules, qui serait mort « à la peine du style6 », et ne mentionne en aucun endroit l’étiologie vénérienne. Le journal devient à la fois un martyrologe pathétique de l’écrivain talentueux malade de son génie, un tombeau littéraire où percent quelques élans lyriques, et un dernier portrait, qui embaume, à l’écrit, le corps souffrant d’un jeune mort d’excès de littérature.

En fixant par écrit puis en publiant le récit sans fard du déclin physique et cognitif de son frère, Edmond a pourtant conscience de transgresser un tabou. Dans une note ajoutée à son texte pour la première édition de 1888 du troisième tome du Journal où figure le récit dont il est question, il anticipe la critique qui pourrait lui être faite d’exposer au public une situation qui aurait dû rester confinée à la plus stricte intimité :

Oh ! il y aura des gens qui diront que je n’ai pas aimé mon frère, que les vraies affections ne sont pas descriptives. […] Ils ne manqueront pas d’ajouter qu’aux êtres qu’on aime, on doit garder dans la maladie, les secrets de certains abaissements, de certaines défaillances morale7.

Il y aurait une forme d’indécence, d’impudeur, déjà en cette fin de XIXe siècle8, à faire de la littérature à partir d’une expérience aussi radicalement personnelle que la maladie et la mort du parent proche. C’est ce qui pourrait expliquer, sans doute, l’insistance d’Edmond sur son recours spontané et consolatoire à l’écriture : « j’éprouve une certaine douceur à me raconter à moi-même ces mois de désespoir9 », écrit-il en préambule de son récit. Le réflexe narratif de l’écrivain est inscrit dans la violence du deuil, comme un palliatif précaire mais nécessaire. Bien qu’en partie mise en scène, cette spontanéité d’une attitude scripturaire face à la maladie et à la mort interroge : quelle idée de la littérature, de ses pouvoirs et de ses devoirs, ce geste d’Edmond exprime-t-il ? Quels sont les enjeux de cette écriture qui prend le risque de l’indécence en se nichant si proche de la mort ?

Je souhaiterais développer ici quelques réflexions autour de la manière dont ce récit immisce l’écriture dans une intimité des corps souffrants et scénographie du même geste une mort exemplairement littéraire pour la postérité. Si, dans un article paru en 2002, Dominique Mabin a déjà proposé une lecture de cette pathographie du point de vue d’une histoire des savoirs médicaux et du regard clinique sur les corps de littérateurs, celle-ci n’a en revanche jamais fait l’objet d’une étude qui s’attacherait spécifiquement à saisir les enjeux à la fois littéraires et historiques d’une écriture intime de la fin de vie d’un écrivain. Cette lecture apparaît d’autant plus pertinente que le récit d’Edmond de Goncourt est écrit à une époque où les représentations de morts d’écrivains font florès, à la fois dans la presse, dans les souvenirs de la vie littéraire et dans la littérature romanesque. Cette inflation discursive autour des événements de morts littéraires, marquée notamment par une écriture nécrologique hyperattentive aux effets corporels de la création, confère à ce morceau du Journal une certaine exemplarité culturelle.

L’expérience de la douleur, tant celle du malade que celle de l’endeuillé, constitue en effet ici la matière première d’une œuvre éprouvée dans la chair. Les accidents du corps, même les plus sordides, deviennent des stigmates de créateur que l’écriture est en droit et en devoir de saisir puisqu’ils témoignent du sacrifice consenti par l’écrivain. Pour explorer cette « littérarisation » de la maladie et de la mort, j’ai choisi d’approcher ce passage du journal par deux entrées méthodologiques différentes mais complémentaires. D’une part l’analyse textuelle, et ce qu’elle permet de dire de la mise en scène interne du geste scripturaire, et d’autre part la réception de ce récit à la fin des années 1880 et dans les années 1890, qui permet de mesurer l’efficacité du récit d’Edmond dans la postérité littéraire de son frère.

Écrire la mort sur le vif : mise en scène de l’intime

La forme du journal met en scène une écriture de la maladie et de la mort au chevet du mourant. C’est là que réside le principal ressort de l’efficacité du récit d’agonie : comme une saisie de la mort à l’œuvre, la narration d’Edmond en note les progrès jour après jour, et même heure après heure lorsqu’approche l’hora mortis de Jules. Cet ancrage de l’écriture dans un présent immédiat de la souffrance sert la charge pathétique de la description, mais la mise en scène d’une spontanéité de la « note » par Edmond repose en réalité sur un dispositif chronotopique complexe, qui révèle une stratégie narrative. Par ailleurs, le présent concomitant de la souffrance et de l’écriture s’ouvre régulièrement sur d’autres ancrages temporels : le passé, qui hante nostalgiquement l’écriture d’Edmond et souligne le travail destructeur de la maladie, et l’avenir, celui de la réception et de la mémoire posthume de Jules, à laquelle est voué le geste nécrographique.

Entre les dernières lignes écrites par Jules et les premiers mots d’Edmond sur la maladie de son frère, des lignes de pointillés marquent conjointement la rupture narrative et l’ellipse temporelle. Le fil de l’écriture quotidienne ne reprend pas sans un marquage réflexif, qui explicite le changement de scripteur et justifie la continuité du Journal : « Après bien des mois passés, je reprends la plume tombée des mains de mon frère10. » S’ensuit un paragraphe à valeur de préambule, où Edmond partage sa tentation de clore le journal sur les derniers mots de Jules, mais évoque la « certaine douceur » qu’il prend à l’écriture en ce temps de malheur, et le « désir vague » de raconter la maladie de son frère, à destination des « amis de sa mémoire11 ». Ces quelques lignes, dont notre édition nous indique qu’elles ont pour support un papier collé sur le manuscrit, ont un statut énonciatif incertain. Bien que censées avoir été écrites au préalable du récit d’agonie, puisqu’Edmond « reprend » seulement la plume de son frère, elles font pourtant l’annonce des « notes jetées dans [ses] nuits de larmes12 », qui suivent ce propos liminaire. La revendication d’une linéarité chronologique de l’écriture entre également en contradiction avec l’anticipation de la mort au seuil du récit. En effet, la coïncidence presque parfaite du temps de l’événement et du temps de la narration est au principe de l’efficacité de l’écriture diariste, mais relève au moins en partie d’une fiction a posteriori de la prise de plume. Edmond semble surtout vouloir indiquer que l’écriture fut d’abord une sorte de réflexe face à la douloureuse situation qu’il traverse, et qu’il ne lui est venu que dans un second temps le projet de conserver ces « notes » et de les adresser à la postérité en les associant au Journal.

D’emblée, donc, le narrateur insiste sur la spontanéité de l’écrit : le genre très codifié du récit de fin de vie est réactualisé sous une forme originale par le refus du surplomb propre à la nécrologie d’hommage. L’effet d’ancrage dans le présent du récit d’Edmond est assuré par divers éléments. Ce sont en premier lieu les notations temporelles accompagnant une partie des entrées du Journal, conformément aux codes de l’écriture diariste. Le procédé, cependant, n’est pas systématique, puisqu’un certain nombre d’entrées ne sont pas datées. Parmi celles qui le sont, la datation est d’une précision inégale. Celle des premières pages est vague (« Fin février », « Mars », « Avril »), puis elle se précise aux mois d’avril, mai et juin. Le rythme narratif s’étire à mesure qu’approche le dernier soupir, au point que le récit de l’ultime nuit de Jules progresse heure par heure.

(Huit heures).
Un cœur tumultueux, soulevant comme les os et la peau de sa poitrine, et une respiration stridente, qu’il semble tirer du creux de son estomac.
[…]
(Neuf heures)
Dans ses yeux troubles, tout à coup une éclaircie souriante, avec le long appuiement sur moi d’un regard diffus et comme s’enfonçant lentement dans le lointain……. Je touche ses mains : c’est du marbre mouillé.
(Neuf heures 40 minutes. 20 juin)
Il meurt, il vient de mourir. Dieu soit loué ! Il est mort, après les deux ou trois doux soupirs de la respiration d’un petit enfant qui s’endort13. 

La coïncidence de l’écriture et de la progression morbide atteint ici son paroxysme. Avec l’affinement de la notation horaire, d’abord, qui offre une précision médicale à l’éphéméride de l’agonie. Avec la variation sur le « Madame se meurt, Madame est morte » de Bossuet ensuite, qui capture dans une simple virgule la bascule de la vie à la mort. Puis vient la réaction de soulagement face à la fin des souffrances du frère aimé, qui mime à l’écrit le mouvement spontané de la pensée. Dans cette description d’une mort paisible faisant suite à une longue et terrible agonie, l’écriture sur le vif use d’un présent qui épouse le temps des événements et abolit l’écart de la narration, au point que le geste de toucher le bras de Jules semble, par l’effet de la parataxe, effectué d’une main tandis que l’autre tient la plume qui trace la ligne du Journal.

L’économie syntaxique traverse d’ailleurs un certain nombre des fragments qui composent ce récit, comme si la prise de notes initiale, réduite parfois à quelques phrases averbales, ou même à quelques mots « jetés » sur le papier, avait été livrée telle quelle au lecteur : « Temps d’orage. – Absorption complète. – Refus de parler14 », peut-on lire à la date d’un jeudi d’avril, ou bien encore, le 30 avril, « [d]es pétrifications, des immobilités d’une demi-heure, avec des battements de paupières sur des pupilles remuantes et roulantes15 ». La notation des symptômes emprunte un style télégraphique, entre la peinture par petites touches et le journal de bord médical.

Pourtant, cette écriture de la concomitance entre l’énonciation et sa situation est aussi traversée par une remémoration pathétique qui exploite, comme le souligne Jean-Louis Cabanès, le motif du nevermore16, et fait apparaître l’ampleur de l’anéantissement pathologique par l’évocation d’un regard nostalgique sur le passé. Edmond n’est pas le froid clinicien de la mort de son frère, il écrit sur son propre sentiment de perte, à la manière d’un journal de deuil. Au début du récit, par exemple, le déclin cognitif de Jules se manifeste par l’apparition de troubles aphasiques, qu’Edmond compare tristement avec le parler enfantin de son cadet :

Depuis quelques temps – et cela est plus marqué tous les jours – il y a certaines lettres qu’il prononce mal, des r sur lesquels il glisse, des c qui deviennent des t dans sa bouche. C’était pour moi, dans son enfance, quelque chose de doux et de charmant d’écouter sa petite parole trébuchante contre ces deux consonnes, et ses tolères contre sa nou-ice. Retrouver aujourd’hui cette prononciation enfantine, entendre sa voix, comme je l’ai entendue dans ce passé effacé, lointain, où les souvenirs ne rencontrent que la mort, cela me fait peur17.

La mise en regard du souvenir attendri et du symptôme morbide transforme la description clinique en méditation inquiète sur la régression puérile qui caractérise la fin de vie de Jules. C’est aussi, pour Edmond, une manière de déplacer la focale sur sa propre douleur, d’assumer la subjectivité pathétique d’un récit d’agonie qui est également un récit de deuil. En invoquant constamment le souvenir de ce qui n’est plus, il oppose la force d’une mémoire affective à l’oubli de soi-même et des autres dans lequel la maladie entraîne inexorablement son frère. Le devenir-autre de l’être aimé sous l’effet de l’anéantissement pathologique anticipe la mort effective, et déclenche chez le garde-malade un deuil prématuré face à ce « quelque chose d’indéfinissable […] qui se glisse en lui18 ». L’attention aiguë d’Edmond à cette cristallisation progressive du sentiment de deuil, en amont de la mort biologique, contribue à la puissance singulière de ce texte dans le champ des écritures de l’intime.

Cette irruption constante du passé regretté fonde la pratique littéraire d’Edmond, pour qui ce récit de mort vaut comme un apprentissage de l’écriture en solitaire. Il ne se contente pas de noter le symptôme, mais fait de la pathographie un espace de méditation, de ressassement et d’esthétisation : au souvenir biographique se mêle parfois un souvenir artistique, comme lorsque le visage de Jules mourant est comparé à « l’expression voilée et mystérieuse d’un Vinci19 ». Écrivain, Edmond l’est aussi dans la mesure où il endosse la souffrance de son frère, et qu’il traduit cette souffrance partagée dans une écriture lancinante, douloureuse. Loin de la distance inhérente au regard clinique, le Journal est ici traversé tantôt par l’expressivité d’une ponctuation qui mime les « cris avec lesquels les grandes douleurs physiques se soulagent20 », tantôt par la matérialisation typographique, sous forme de pointillés, du silence.

Si cette intrication entre le présent aigu de la notation symptomatique et l’écriture tragique de la remémoration endeuillée produit l’efficacité du récit d’agonie, un autre paramètre temporel entre en jeu. Plus encore que le reste du Journal, ce récit est tourné vers l’avenir de sa réception, puisque l’écriture de la disparition y est articulée à un projet mémoriel, à savoir construire une figure exemplaire d’homme de lettres, dont le martyr sera reconnu par la postérité.

Incarnations pathétiques de l’écrivain

Les préoccupations concernant l’effet du travail littéraire sur la santé sont exprimées par médecins et littérateurs depuis le milieu du XVIIIe siècle au moins. Le célèbre ouvrage de Tissot sur la Santé des Gens de lettres21 stabilise à la fois un champ d’études médicales (l’étude des maux d’écrivains), une figure sociale (le médecin littéraire), et un genre narratif (la pathographie du génie). Le récit des souffrances de l’écrivain devient un topos de la sacralité des lettres, et fonde un martyrologe littéraire dont les illustrations sont nombreuses au XIXe siècle22. Désormais défini par son « corps pathétique », selon l’expression de Daniel Fabre23, le littérateur subit la contrepartie pathologique de l’excès de sensibilité nerveuse qui est à l’origine de son pouvoir créateur.

Cet imaginaire des conséquences morbides de l’activité littéraire sur le corps justifie l’étiologie avancée par Edmond pour expliquer la maladie de son frère, et à laquelle semble adhérer l’intégralité des commentateurs médiatiques de la mort de Jules, autant en 1870 qu’en 1888, lors de la publication du récit d’agonie figurant dans le Journal. Les deux frères se doutaient-il de la responsabilité de la syphilis contractée par Jules pendant sa jeunesse dans cette dernière maladie24 ? Quoi qu’il en soit, l’important est que l’hypothèse demeure sans mention, et qu’Edmond préfère accuser le surmenage, la frustration face au retard du succès auprès du public, et surtout les effets d’une excitation nerveuse permanente propre au tempérament artiste25.

La maladie de Jules est donc littéraire par ses causes. D’un cas pathologique parmi d’autres, Jules devient, sous la plume de son frère, la victime exemplaire d’une situation historique, à la conjonction du biologique et du social. L’absence de reconnaissance du talent littéraire, dans une société dont les Goncourt prétendent dénoncer l’étroitesse de vue, conduit au martyr de l’homme de lettres, fragilisé par un tempérament hypersensible qui le rend particulièrement vulnérable. Si elle n’est point édifiante, cette mort est pourtant exemplaire : « j’ai pensé qu’il était utile pour l’histoire des lettres, de donner l’étude féroce de l’agonie et de la mort d’un mourant de la littérature et de l’injustice de la critique26 ». Cette certitude étiologique et l’ambition qu’elle fonde de témoigner pour l’histoire oriente la pathographie. La mort de Jules est ainsi avant tout une mort d’écrivain, et l’on peut relire le récit de cette lente agonie à la manière d’une autopsie du corps littéraire.

L’altération pathologique de Jules atteint en effet progressivement ses « facultés » de littérateur, et le journal de maladie tenu par Edmond se montre particulièrement attentif à l’anéantissement des capacités littéraires de son frère. Les derniers moments de fécondité littéraire de Jules datent du début de l’année 1870, et sont décrits par Edmond comme une « rage de travail27 » qui saisit le malade vraisemblablement conscient de son déclin imminent : « Le littérateur se pressait, se dépêchait, se hâtait avec un entêtement obstiné de pressurer, sans en vouloir perdre une minute, les dernières heures d’une intelligence, d’un talent prêt à sombrer28. » Cette ultime dépense d’énergie créatrice s’applique en particulier à la rédaction de la biographie-hommage de Gavarni, dont la mort avait, quelques années plus tôt, ébranlé les Goncourt. Contre le plan d’écriture établi par les deux frères, Jules rédige seul, une nuit d’insomnie, le petit morceau en forme d’épitaphe qui servira de chapitre conclusif à l’ouvrage, et dans lequel il écrit : « Il dort à côté de nous au cimetière d’Auteuil29. » Pour Edmond, cette phrase à double entente préfigure la mort prochaine de son frère et devient « le souvenir fixe et pour ainsi dire bourdonnant de [sa] mémoire30 ». Autant les ultima verba de Jules, proférations incompréhensibles issues du délire qui fait suite à la « désagrégation du cerveau31 » du malade, ne sont pas rapportées directement par Edmond, autant ses ultima scripta sont ici chargées d’une valeur prophétique.

Jules, en effet, meurt à la littérature avant de mourir à la vie. Le leitmotiv de l’impuissance créatrice rythme le tragique d’une description d’agonie qui s’achemine irrémédiablement vers le « cimetière » entrevu par Jules dans les dernières lignes qu’il écrit. L’agonie débute à l’instant où cesse l’écriture, et s’apparente à une délittérarisation pathétique de l’individu.

Ce processus peut se comprendre comme l’inverse d’un conditionnement physiologique à l’écriture, à partir duquel est souvent vécue l’expérience de création littéraire en ce XIXe siècle. Le phénomène d’incarnation de la littérature qui associe le corps et l’écriture a donné lieu à des lectures sociologiques de la condition d’écrivain. En s’appuyant sur les réflexions de Bourdieu à propos de la socialisation des corps, Paul Dirkx forge le concept de « littérarisation32 » pour désigner « l’incorporation des schèmes pratiques » constituant l’hexis corporelle de l’écrivain. Il distingue la « littérarisation primaire » qui concerne les dispositions permettant la pratique de la lecture et de l’écriture littéraires, et la « littérarisation secondaire » qui renvoie plutôt à une capacité de se positionner dans le champ littéraire par l’exercice d’une activité professionnelle d’auteur et à la maîtrise des codes de sociabilité propres au milieu littéraire. En un sens, tandis que le genre du « roman de l’artiste » a pu thématiser en littérature le récit de la littérarisation progressive du corps écrivain, le journal de l’ultime maladie de Jules de Goncourt constitue un cas remarquable de récit de délittérarisation pathologique.

Cette délittérarisation opère d’ailleurs sur les plans primaire et secondaire, dans une forme de symétrie inverse par rapport aux processus d’apprentissage caractérisant l’entrée progressive en littérature. Jules désapprend son métier dans sa dimension la plus mondaine : l’abolition chez lui de tout « tact33 », le retrait du monde par « honte », et même la perte du sens « aristocratique » relevée plusieurs fois par Edmond, alors que celui-ci fonde la posture auctoriale des Goncourt, relèvent bien d’une atrophie de l’homme de lettres chez le malade, désormais incapable de performer socialement son identité d’écrivain. Edmond note une « formule désespérante34 » employée par Jules, qui montre la mise à distance de la profession littéraire : lisant un jour l’un de ses propres ouvrages, il remarque que « c’était bien fait ». Pour Edmond, « il y a dans ce cruel imparfait la froide reconnaissance que le littérateur est à tout jamais mort35 ».

À cette incapacité d’exercer la profession d’homme de lettres correspond également un anéantissement progressif des facultés élémentaires de l’écrivain, une sorte de délittérarisation primaire. Alors qu’il n’écrit déjà plus, la maladie affecte progressivement les compétences d’élocution et de lecture de Jules : les erreurs de prononciation, qu’Edmond compare au parler enfantin, se transforment progressivement en incapacité à lire, à mesure que l’aphasie s’aggrave. La première crise spectaculaire qui précipite le déclin du malade intervient lors d’une de ses séances de lecture compulsive des Mémoires d’outre-tombe. Jules bute sur la syllabe finale d’un nom propre, et la conscience de son impuissance le plonge dans une rage de frustration, à tel point qu’il « froisse la page, il l’approche de ses yeux, il la rapproche tout près et encore plus près ; on dirait qu’il veut s’entrer l’imprimé dans les yeux36 ». Edmond se désespère, craint une « paralysie de la parole », et souffre de la douleur de son frère, qu’il interprète comme « l’enragement d’une conscience d’homme de lettres, de fabricateur de livres, qui s’aperçoit qu’il ne sait même plus lire37 ».

Le déclin s’achève dans l’ultime agonie, alors qu’une nouvelle crise a plongé Jules dans un état d’inconscience dont il ne reviendra pas. Dans son délire, le mourant reproduit automatiquement des gestes du quotidien, par un dernier sursaut de sa mémoire-réflexe :

Parfois, dans l’incessante agitation de la fièvre et du délire, il répétait toutes les actions de sa vie, indiquant le geste de mettre son lorgnon, soulevant ces haltères dont je le fatiguais pendant les derniers mois, faisant des armes, faisant enfin son métier, faisant le simulacre d’écrire38.

Au seuil de la mort, Jules n’est plus qu’un corps-automate, mais la reproduction inconsciente du geste d’écrire associe l’écrivain à un Sisyphe moderne, condamné à l’exercice de la littérature en dépit des souffrances qu’elle provoque, tout comme Edmond est compulsivement poussé à prendre la plume au milieu de la détresse du deuil.

Pourtant, la délittérarisation pathologique de Jules, dans le récit d’Edmond, n’est pas linéaire. L’aggravation de l’état du malade est interrompue par des rémissions soudaines et éphémères, des lueurs d’espoir qui sont systématiquement associées à la réapparition d’un tempérament artiste, d’une sensibilité esthétique à certains « tableaux » naturels. Au 8 avril, Edmond note qu’il « est touché presque par cela seul, les couleurs de la nature et les aspects du ciel39 », tandis que quelques jours plus tard, le malade s’arrête en esthète, lors d’une promenade, sur « la ressemblance qu’avaient sur l’allée les ombres portées des branches, des ramures, des petites feuilles naissantes, avec un dessin d’album japonais40 ». Quelques jours avant la mort de Jules enfin, Edmond reconnaît que son frère « possède encore deux facultés remarquables : la qualification pittoresque, avec laquelle il caractérise un passant, et l’épithète rare, par laquelle il peint un ciel41 ».

Ces notations ont leur importance, car elles semblent souligner la résistance d’une nature artistique aux assauts de la maladie. Ces percées de la sensibilité créatrice au milieu de la détérioration morbide manifestent dans le récit la puissance d’un tempérament qui définit l’appartenance à l’élite artiste. En un sens, l’agonie de Jules révèle et confirme son art, à la fois parce que celui-ci est censée avoir causé celle-là, et parce que celle-là, une fois détruites toutes les facultés de l’être intellectuel, laisse apparaître un résidu brut de littérature, réduit à une sensibilité hors du commun et à des gestes réflexes d’écrivain.

Si les récits de l’initiation littéraire propres aux « romans de l’écrivain » portent en eux un savoir et une représentation de la nature de l’activité créative, le récit de l’oubli de la littérature que constitue la description de l’agonie de Jules agit également comme un révélateur de la mécanique intérieure du travail d’écriture. La pathographie du littérateur saisit l’après-coup de l’épreuve créatrice, en décrivant ses ravages, et construit du même geste le récit d’un destin littéraire.

La fabrique d’une postérité, entre martyr des lettres et cas « médico-littéraire »

Pour finir cette réflexion autour du récit de la mort de Jules, je souhaiterais m’intéresser à sa réception, au moment de la publication du Journal. Si la mise en scène de la prise de plume ancre l’écriture dans l’intimité de l’agonie, on a vu que le récit de maladie portait également les marques d’une destination publique élargie, à la fois à travers le discours de justification d’Edmond, qui insiste sur la fonction testimoniale de sa démarche, et à travers les traces d’une stratification de l’écriture, qui suggère la retouche des notes originelles en vue de leur publication. Ce texte fait bien l’objet d’un travail littéraire, qui mobilise les procédés stylistiques décrits plus haut pour configurer des effets de lecture, dont on peut examiner les échos dans les textes, notamment journalistiques, qui documentent la réception de ce récit.

Ce qui m’intéresse ici, c’est l’inscription de ce récit et de sa publication dans une stratégie mémorielle déployée par Edmond pour construire la postérité de son frère disparu. En effet, si l’on regarde du côté de la réception du troisième tome du Journal, paru début mai 1888, on peut considérer que l’objectif énoncé par Edmond de faire de son frère un « mourant de la littérature » et de l’inscrire dans « l’histoire des lettres » est atteint. Les recensions de cette publication s’attardent longuement sur le récit de la mort de Jules, presque unanimement jugé remarquable par son style et son réalisme. Les commentateurs souscrivent à l’étiologie littéraire de la dernière maladie de Jules, pour laquelle est mobilisé tout le lexique du sacrifice et du martyr : « supplice42 » de l’homme de lettres, « pauvre grand homme » mort « d’épuisement43 » à la tâche, « passion des lettres [qui] montrent jusqu’à leur tyrannie44 »…

La réception de ce troisième tome est d’ailleurs largement centrée sur cet épisode qui clôt l’ouvrage. Une longue chronique de Jules Bois dans Le Constitutionnel45, qu’il intitule « Pauvres grands hommes », qualifie le récit de la mort de Jules de « plus beau roman des de Goncourt, leur plus belle œuvre, la plus artistique et la plus saignante, la plus “humaine !” ». Cette puissante vérité de la description tiendrait au « poignant intime, qui arrache les larmes des profondeurs les plus ignorées de notre cœur46 ». La combinaison de la précision clinique dans la description des symptômes et d’une écriture de l’intime emporte l’adhésion des lecteurs de l’époque.

Le réflexe scripturaire d’Edmond au chevet de son frère mourant, dont une note déjà citée dans le Journal anticipait la possible portée scandaleuse, est d’ailleurs mis au compte de sa propre nature d’artiste, selon un motif du « dédoublement » de soi, que l’on retrouve fréquemment sous la plume des écrivains naturalistes. Loin de susciter la réprobation, cette attitude « descriptive » face à la maladie engendre une compassion à l’égard d’Edmond. Dans un article paru dans L’Événement au lendemain de la publication du Journal, Jean Lorrain évoque un « chef-d’œuvre de chagrin littéraire », que son auteur a dû payer d’un « double martyr, car il a souffert deux fois sa souffrance et vécu deux fois son malheur47 ». L’artiste, qu’il soit écrivain ou peintre, devient celui qui ne peut s’empêcher de redoubler sa douleur dans la représentation qu’il en donne, à la manière de Monet peignant Camille sur son lit de mort48, ou encore d’un autre Claude, fictionnel cette fois, ne pouvant se retenir de portraiturer le cadavre de son fils hydrocéphale dans L’Œuvre de Zola.

À la faveur de cette publication, Jules de Goncourt devient également un véritable cas médico-littéraire. La Chronique médicale, une revue « médicale et littéraire » fondée par le docteur Augustin Cabanès en 1894, republie en 1896 la dernière partie de la pathographie de Jules, celle qui concerne son agonie à proprement parler, en qualifiant les notations d’Edmond des « plus merveilleuses observations cliniques qui soient49 ». Quelques années plus tard, une autre figure de cette médecine littéraire très en vogue en cette fin de XIXe siècle, Victor Segalen, consacre une partie de sa thèse sur les « cliniciens ès-lettres » au récit de la maladie de Jules. Là encore est soulignée la valeur documentaire de cette clinique de l’homme de lettres, renforçant du même coup la légitimité scientifique de l’étiologie littéraire au détriment de l’étiologie vénérienne. La lecture médico-littéraire qui s’impose du récit d’Edmond contribue certainement à sa diffusion et à sa (relative) célébrité, mais elle fait l’économie d’une prise en compte de la dimension profondément compassionnelle du regard d’Edmond sur le mourant. De ce point de vue, le journal ressemble plus à un tombeau qu’à une clinique de l’écrivain : l’ambition d’Edmond est moins scientifique que mémorielle.

Dix-huit ans après la disparition de Jules, la publication du récit provoque une sorte de nouveau moment nécrologique, qui actualise la valeur exemplaire, sur le plan artistique, de cette « mort en littérature50 ». Car sous la plume des lecteurs d’Edmond, à défaut d’être édifiante, cette mort est bien exemplaire – ce qui justifie un récit de l’héroïsme spécifique au littérateur. L’autonomisation du champ littéraire et la mystique de l’homme de lettres qui lui est associée s’incarne là dans une attitude face à la souffrance, qui fonde l’altérité moderne de l’écrivain. Charles d’Armon l’exprime bien, qui publie dans Le Voltaire du 23 mai 1888 un article comparant la mort « expiatoire », pathétique et effrayante, de l’artiste décrite par Edmond, et le récit de la mort du philosophe Ernest Bersot, rapporté dans les Mémoires d’aujourd’hui de Robert de Bonnières :

Le professeur, rongé par un cancer de la face, supporte courageusement son mal, l’esprit équilibré par les études routinières est calme et froid ; l’âme assagie par la philosophie ancienne est stoïque. Celui-là a-t-il été plus heureux qui n’a point connu les pénétrantes voluptés de la pensée aux prises avec la forme ? La solution de la question n’est pas à notre portée ; les martyrs constituent une aristocratie fermée, jalouse de ses joies et de ses gloires51. 

L’opposition entre la belle mort du philosophe, courageux et équanime dans l’agonie, et la malemort du littérateur, épuisé par la dépense irraisonnée de l’énergie nerveuse, ne reproduit pas un partage d’ordre axiologique entre la vertu d’une vie bien menée et le vice des « voluptés de la pensée ». Charles d’Armon déplace la question des attitudes face à la mort du terrain de la morale à celui de la psychophysiologie, et confirme la singularité biologique de l’écrivain par rapport aux autres travailleurs intellectuels.

Cette riche postérité de la mort de Jules, qui incarne dans les années 1890 une figure paradigmatique d’homme de lettres terrassé par son propre talent, tient donc en grande partie de l’efficacité du récit qu’en donne Edmond dans le Journal. La nécrographie instaure en quelque sorte l’appartenance des deux frères au cercle à la fois élitiste et maudit des véritables artistes : Jules par ses souffrances et sa maladie, Edmond par la mise en scène du réflexe scripturaire au cœur de l’épreuve du deuil. Pourtant, si la reconnaissance de la légitimité littéraire des Goncourt est incontestable à la mort d’Edmond en 1896, il n’en est pas de même au moment de la mort de Jules en 1870. Il n’est qu’à observer la couverture nécrologique dont il fait l’objet à ce moment pour se rendre compte du déficit de notoriété dont ils souffrent, par rapport à celle dont jouira Edmond quelques années plus tard52. En un sens, donc, le récit de la mort de Jules dans le Journal et sa publication tardive servent à différer dans le temps la réception de cette mort, à rejouer en 1888 en pleine célébrité le drame de 1870, vécu alors dans une certaine indifférence du public.

Conclusion

La chronique par Edmond de l’agonie de Jules inscrit le jeune écrivain, pourtant peu connu en 1870, dans la série des morts mémorables de l’histoire littéraire du XIXe siècle. De même que Chateaubriand, Balzac, Musset, George Sand ou Victor Hugo grâce à leurs nécrographes plus ou moins fidèles, Jules, grâce à Edmond, meurt en littérature, et d’une mort exemplairement littéraire. Edmond fait même mieux que les autres nécrographes, car si les morts d’écrivains font couler beaucoup d’encre au XIXe siècle, on en connaît peu qui ont été si scrupuleusement et si longuement décrites. Ce récit, comme l’ensemble du Journal, apparaît comme une anticipation et une préparation de la postérité littéraire à venir, qui revêt parfois l’apparence d’un pari. La nécrographie du Journal n’est pas le seul dispositif par lequel Edmond construit la mémoire de la mort de son frère. En 1873, il fait réunir dans un ouvrage luxueusement relié les meilleurs articles nécrologiques rendant hommage à son frère, précédés des lettres autographes qu’il a reçues de quelques autres écrivains. Parmi eux, quelques gloires littéraires incontestables, comme Victor Hugo, George Sand, Flaubert, Michelet, mais également le jeune Émile Zola, âgé de 30 ans au moment de la mort de Jules, et qui n’a pas encore commencé la publication de son cycle des Rougon-Macquart. Le faire figurer alors dans un ouvrage si précieux aux côtés de si grands noms du panthéon littéraire constitue sans doute une gageure, une opération de spéculation sur la postérité d’un jeune premier qui n’a pas encore fait ses preuves53.

Bibliographie

 
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Mabin, Dominique, « La mort de Jules. Lecture croisée du Journal des Goncourt et des Cliniciens ès-lettres de Victor Segalen », Cahiers Edmond & Jules de Goncourt, nᵒ 9, 2002, p. 167‑187, en ligne, <https://www.persee.fr/doc/cejdg_1243-8170_2002_num_1_9_890>, consulté le 13 avril 2026.
 
Martínez, Edurne Jorge, « Autopsie de la mort des frères Goncourt dans la presse française du XIXe siècle », Estudios Románicos, Vol. 32, 2023, p. 229‑244.
 
Tissot, Samuel Auguste André David, De la santé des gens de lettres, F. Grasset, 1768.
 
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  1. Edmond de Goncourt et Jules de Goncourt, Journal des Goncourt, tome V : 1869-1871, Christiane et Jean-Louis Cabanès (éd.), Paris, Honoré Champion, 2021. Dans cet article, je me réfère à la dernière édition en date du Journal des Goncourt.↩︎

  2. Daniel Fabre, « Le corps pathétique de l’écrivain », Gradhiva, nᵒ 25, 1999, p. 1‑13, en ligne, <https://www.persee.fr/doc/gradh_0764-8928_1999_num_25_1_1096>, consulté le 13 avril 2026. Daniel Fabre forge ce concept dans une démarche anthropologique, afin de décrire la manière dont un certain nombre d’écrivains du XIXe siècle construisent la forme de vie de créateur comme une expérience incarnée de la souffrance de l’écriture.↩︎

  3. À la date du 2 août 1864, Jules écrit dans le Journal à propos du Havre : « Je me rappelle combien cette même ville m’a été triste et sinistre […] me découvrant […] la vérole et la chaude-pisse. », cité dans Dominique Mabin, « La mort de Jules. Lecture croisée du Journal des Goncourt et des Cliniciens ès-lettres de Victor Segalen », Cahiers Edmond & Jules de Goncourt, nᵒ 9, 2002, p. 167‑187, en ligne, <https://www.persee.fr/doc/cejdg_1243-8170_2002_num_1_9_890>, consulté le 13 avril 2026.↩︎

  4. Edmond de Goncourt et Jules de Goncourt, Journal des Goncourt, tome V, op. cit., p. 106.↩︎

  5. Ibid.↩︎

  6. Ibid., p. 128.↩︎

  7. Ibid., p. 447.↩︎

  8. Le phénomène social de privatisation de la mort ces deux derniers siècles a été décrit par les travaux de Philippe Ariès sur l’histoire des attitudes face à la mort.↩︎

  9. Edmond de Goncourt et Jules de Goncourt, Journal des Goncourt, tome V, op. cit., p. 106.↩︎

  10. Ibid.↩︎

  11. Ibid.↩︎

  12. Ibid.↩︎

  13. Ibid., p. 123‑124.↩︎

  14. Ibid., p. 109.↩︎

  15. Ibid.↩︎

  16. Jean-Louis Cabanès, « Introduction », dans ibid., p. 14.↩︎

  17. Ibid., p. 108-109.↩︎

  18. Ibid., p. 113.↩︎

  19. Ibid., p. 120.↩︎

  20. Ibid., p. 106.
  21. Samuel Auguste André David Tissot, De la santé des gens de lettres, F. Grasset, 1768.↩︎

  22. Anne C. Vila et Ronan Y. Chalmin, « “Malade de son génie…” : raconter les pathologies des gens de lettres, de Tissot à Balzac », Dix-huitième siècle, Vol. 1, nᵒ 47, juin 2015, p. 55‑71, en ligne, <https://shs.cairn.info/revue-dix-huitieme-siecle-2015-1-page-55>, consulté le 13 avril 2026.↩︎

  23. Daniel Fabre, « Le corps pathétique de l’écrivain », loc. cit.↩︎

  24. Pour une discussion sur cette question, voir Dominique Mabin, « La mort de Jules. Lecture croisée du Journal des Goncourt et des Cliniciens ès-lettres de Victor Segalen », loc. cit.↩︎

  25. Le lien entre le « tempérament artiste » et les maladies nerveuses est au cœur des discours des Goncourt sur la création littéraire. Voir Stéphanie Champeau, La notion d’artiste chez les Goncourt (1852-1870), Paris, Honoré Champion, coll. « Romantisme et modernités », 2000.↩︎

  26. Edmond de Goncourt et Jules de Goncourt, Journal des Goncourt, tome V, op. cit., p. 7.↩︎

  27. Ibid., p. 107.↩︎

  28. Ibid.↩︎

  29. Ibid.↩︎

  30. Ibid.↩︎

  31. Ibid., p. 120.↩︎

  32. Paul Dirkx, « Le corps de l’écrivain, instrument et enjeu de reconnaissance », Carnet, Vol. 2, nᵒ 9, Revue électronique d’études françaises de l’APEF, 2017, en ligne, <https://journals.openedition.org/carnets/2024#id>, consulté le 13 avril 2026.↩︎

  33. Edmond de Goncourt et Jules de Goncourt, Journal des Goncourt, tome V, op. cit., p. 108.↩︎

  34. Ibid., p. 110.↩︎

  35. Ibid.↩︎

  36. Ibid., p. 115.↩︎

  37. Ibid.↩︎

  38. Ibid., p. 120.↩︎

  39. Ibid., p. 109.↩︎

  40. Ibid., p. 112‑113.↩︎

  41. Ibid., p. 116‑117.↩︎

  42. Paul D’Armon, « La mort de l’homme de lettres », Le Voltaire, 1888, p. 2, en ligne, <https://www.retronews.fr/journal/le-voltaire/22-mai-1888/2/1b87e2e5-08bb-4e95-b7d4-bdcf79c817b0?search_text=23+mai+1888+Le+Voltaire>, consulté le 13 avril 2026.↩︎

  43. Jules Bois, « Pauvres grands hommes ! », Le Constitutionnel, Paris, 1888, en ligne, <https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k6821369>, consulté le 13 avril 2026.↩︎

  44. Paul Ginistre, « Les livres », Gil Blas, 1888, en ligne, <https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k75373420>, consulté le 13 avril 2026.↩︎

  45. Jules Bois, « Pauvres grands hommes ! », loc. cit.↩︎

  46. Ibid.↩︎

  47. Jean Lorrain, « Chronique de Paris : Le journal des Goncourt », L’Événement, Paris, 1888, p. 1, en ligne, <https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bd6t58258z>, consulté le 13 avril 2026.↩︎

  48. Camille sur son lit de mort est un portrait post-mortem que Monet réalise de son épouse Camille Monet en 1879.↩︎

  49. Edmond de Goncourt, « La dernière maladie de Jules de Goncourt », La Chronique médicale : revue de médecine historique, littéraire et anecdotique, nᵒ 3, Paris, 1896, p. 464.↩︎

  50. Henry Céard, « Chronique : Edmond de Goncourt », Le Siècle : journal politique, littéraire et d’économie sociale, décembre 1888, p. 2, en ligne, <https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k7387329>, consulté le 13 avril 2026.↩︎

  51. Paul D’Armon, « La mort de l’homme de lettres », loc. cit.↩︎

  52. Comme le fait l’article Edurne Jorge Martínez, « Autopsie de la mort des frères Goncourt dans la presse française du XIXe siècle », Estudios Románicos, Vol. 32, 2023, p. 229‑244, qui ne prend cependant pas en compte les nombreux articles parus à retardement sur la mort de Jules.↩︎

  53. L’ouvrage en question, vendu déjà pour quelques milliers de francs au moment de la vente posthume de la collection personnelle d’Edmond, vaut désormais quelques dizaines de milliers d’euros : la réussite de cette spéculation ne se situe pas seulement dans l’ordre symbolique.↩︎


Arthur Longeville est en deuxième année de doctorat à la Sorbonne sous la direction de Judith Lyon-Caen et Didier Philippot. Son travail porte sur les représentations et les ritualisations de morts d’écrivain·es au XIXe siècle. Il s’agit d’un travail croisé, entre l’exploration d’archives de presse, d’hommages, de témoignages ou d’œuvres poétiques et romanesques, et ce dans une dimension également anthropologique puisqu’il s’intéresse à la culture matérielle du deuil littéraire. Il a eu l’occasion d’intervenir dans des séminaires à l’EHESS, un colloque du collège doctoral franco-allemand de Paris III et de la Humboldt Universität et une journée d’étude intitulée « Vivre en poète » à l’ENS de Lyon pour présenter ses recherches.

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