Éloïse Gagnon, 2e cycle, Université de Montréal
Résumé : Publié en 1883, le roman naturaliste Victoire la Rouge de Georges de Peyrebrune s’intéresse aux violences sociales et sexuelles subies par les « filles-mères » à travers la figure de Victoire, une domestique de la campagne périgordienne que plusieurs viols condamnent à un destin funeste. À une époque où l’inscription des femmes de lettres dans la littérature naturaliste est perçue comme une double faute de « genre », la valeur transgressive de ce roman est d’autant plus considérable qu’il aborde les questions d’exploitation du corps des femmes par le prisme d’une héroïne corpulente et vorace. Postulant que ces manifestations de l’appétit au féminin s’inscrivent dans une posture critique, cet article s’intéresse à la manière dont les imaginaires alimentaires et les clichés misogynes de la “mangeuse d’hommes” sont récupérés et détournés par le texte pour mieux repenser la violence envers les femmes.
Les discours littéraires et culturels français du XIXe siècle, martelant l’idée que « l’idéalisme a un visage de femme et le réalisme un visage d’homme1 », ont cherché à écarter les autrices du genre naturaliste, souvent qualifié à l’époque de « littérature putride2 ». Cette injonction a contraint les écrivaines à louvoyer entre une pluralité de styles et de genres, à construire de nouveaux codes de représentation et à investir ces espaces et esthétiques littéraires sur le mode transgressif, forgeant ainsi ce que certains appellent un « naturalisme au féminin3 ». La parution du roman Victoire la Rouge en 1883 par l’autrice Georges de Peyrebrune s’inscrit pleinement dans ce mouvement de réappropriation du naturalisme par les femmes. Salué par ses contemporains comme un des chefs-d’œuvre de Peyrebrune, le roman cherche à « représenter le peuple4 » dans toutes ses « vérités sanglantes5 », en particulier en ce qui concerne le sort des femmes. Il raconte l’histoire d’une jeune orpheline, Victoire, qui, recueillie comme domestique sur la ferme des Jameau, est dénigrée en raison de sa physionomie « grosse et lourde » (42) et de ses manières rustres, qui s’expriment surtout par une forte gourmandise. Son intégration progressive au milieu social est brutalement interrompue à la suite d’un viol qui la laisse enceinte et signe son rejet par la communauté. Ce drame du viol et de la grossesse non désirée, à la manière d’un refrain tragique, se répète à trois reprises pour Victoire, qui connait successivement l’errance, l’infanticide involontaire, la posture de paria et la brutalité masculine, dans un triste parcours la menant au suicide.
Articulant une forte critique des injustices sociales et des rapports de domination genrée, le récit revisite le thème des violences sociales et sexuelles faites aux femmes selon une perspective qui, échappant à la subjectivité masculine prédominante du genre naturaliste6, redonne au corps féminin sa vérité et sa visibilité. Dès lors, l’écriture au féminin du féminin incarne une double transgression : celle d’une écrivaine qui, subvertissant les impératifs de « décence » et de « confinement féminin dans l’intériorité » de l’époque7, ose prendre la plume pour défendre les femmes ; et celle d’un récit qui, abordant la corporalité d’une héroïne hors norme dont les appétits confrontent « l’idéal de la modération et de la chasteté8 », replace les souffrances et les désirs de la chair féminine au cœur de la représentation.
En examinant ces manifestations du corps féminin dans le récit, nous chercherons à comprendre comment le roman déjoue les attentes collectives d’une représentation naturaliste de la femme telle que construite à travers le prisme du regard masculin, tout en dialoguant avec les idées reçues et les constructions culturelles de son époque. Notre analyse s’intéressera ainsi à la manière dont Victoire la Rouge représente la chair féminine et ses appétits non comme les marques d’un vice genré, mais comme les lieux et expressions d’une violence sexuelle et sociale infligée aux femmes. Nous nous proposons d’étudier plus spécifiquement les motifs de la voracité et du désir charnel comme piliers d’une critique de l’exploitation féminine. Dans un premier temps, nous verrons comment la mise en scène de l’embonpoint et de l’inconduite alimentaire chez l’héroïne livre le témoignage d’une socialisation incomplète et douloureuse. Nous constaterons que la représentation de sa voracité, dépassant le lieu commun d’une « faute morale » sous-jacente, tend plus largement à décrier un système d’abus et d’oppression dont Victoire est prisonnière. Dans un second temps, nous examinerons la manière dont le texte investit les résonances culturelles entre consommation alimentaire et sexuelle des femmes, notamment à travers les clichés de « corps mangeur » et « corps mangé9 », pour exposer comment la violence des appétits masculins dépossède les femmes de leurs propres désirs. Nous chercherons ainsi à comprendre comment Victoire la Rouge, tout en récupérant certains stéréotypes répandus dans l’imaginaire misogyne du XIXe siècle, esquisse un dépassement du modèle convenu et objectifié de l’héroïne féminine naturaliste.
La chair et la chère, motifs d’exploitation féminine
Dans ses travaux sur le male gaze dans le roman réaliste français, Anne-Claire Marpeau nous rappelle que la description du personnage féminin, déployée à l’aune d’une subjectivité masculine, est souvent le lieu privilégié d’un regard « faisant écho au souci de contrôle des corps féminins et de la place des femmes dans l’espace public10 ». Dans Victoire la Rouge, la première description de la jeune orpheline, présentée comme une « drôlesse mal équarrie, courte, large, crevant de graisse, avec de la poitrine plein son corsage et des hanches plein ses jupes » (40), problématise d’entrée de jeu les débordements de la chair au cœur de la « mise en image de la féminité11 » ; mais cette surdétermination de l’altérité corporelle nous semble, de façon plus large, s’inscrire dans une critique de l’altérité sociale à laquelle le personnage est réduit.
En effet, dans les premiers chapitres de l’œuvre, le regard qui s’attache à décrire avec violence la corpulence de Victoire émane de la perception de personnages hostiles, qui partagent des codes sociaux auxquels la jeune femme arrive mal à s’intégrer. L’image de la « drôlesse » est véhiculée par l’entremise du couple Jameau, venu à l’hospice pour acquérir une servante ; les allusions suivantes à la corporalité hors norme de Victoire, qui sera décrite comme un « paquet de chair » (40), « déhanchée par son énormité » (44), « laide, lourde, grotesque » (53), avec des « jambes en forme de grosses bûches » (46), sont similairement livrées à travers la perception de la famille des fermiers, et chargées dès lors des rapports de domination maitres/servante ou violeur/victime. La stigmatisation du « corps gros » est par ailleurs en étroite correspondance avec celle d’un « esprit mal dégrossi », ainsi que le suggère le rapprochement entre le regard réducteur des Jameau et celui de la Mère supérieur de l’hospice : « la Mère supérieure se débarrassait ainsi d’une non-valeur, d’une sorte de propre à rien, qui n’avait pu apprendre à lire, ni ajuster deux points réguliers l’un près de l’autre sur les chemises que l’on confectionnait […] » (39). Dans un régime où la socialisation des jeunes filles « passe par l’acquisition de savoir-faire autant que par l’incorporation d’attitudes corporelles12 », cette incapacité à participer aux travaux d’aiguille (soit une tâche faisant office de « leçon de maintien corporel et de docilité13 » au XIXe siècle) trahit ainsi un handicap non uniquement physique ou psychologique, mais culturel et social. Ni « corseté » ni rompu aux gestes de la formation féminine traditionnelle, le corps de Victoire apparait comme l’expression d’une altérité et d’une marginalité plus générale ; le lexique dépréciatif qui stigmatise les chairs de la jeune femme nous semble dès lors non plus le véhicule d’un regard grossophobe reconduit par le texte, mais plutôt un investissement des outils descriptifs pour décrier la violence des atteintes que la société réserve à la chair féminine chez un personnage mal socialisé.
Une semblable récupération des préjugés culturels et patriarcaux sur la corporalité féminine à des fins critiques s’opère dans le traitement de l’appétit de Victoire. Le texte insiste non seulement sur l’apparence physique de l’héroïne, mais aussi sur la gourmandise qu’elle trahit : alors qu’elle sert chez les Jameau, on lit que Victoire « [dévore] à pleine goulée » (43), croque avec des « dents voraces » (45) et se trouve « pleine à crever de la nourriture dont elle se [gave] » (51). La représentation d’un tel dérèglement de l’appétit chez une héroïne féminine dans un roman naturaliste est difficilement dissociable de constructions culturelles fortement ancrées dans l’imaginaire alimentaire de l’époque : rappelons que le XIXe siècle voit foisonner une multitude de discours associant l’hétérodoxie alimentaire à diverses considérations quant à la conduite, à la moralité, à la sexualité et à la classe14, allant jusqu’à concevoir la gourmandise comme l’expression d’un vice ou d’une faiblesse d’ordre personnel : « manquer de goût, c’est avoir la bouche bête […] comme on a l’esprit bête15 », proclame par exemple Maupassant.
Cependant, nous croyons que l’insistance sur la corpulence et l’appétit de Victoire témoigne d’un « trouble » non uniquement physique, mais aussi relationnel ; à cet égard, la surconsommation s’inscrit davantage dans l’illustration d’une « relation pathologique […] entre les êtres et leur milieu16 » que dans la peinture d’une tare personnelle. En effet, la corrélation entre la dérogation à la norme alimentaire et à la norme sociale apparait dès la première occurrence de la « gourmandise » de Victoire, dans un extrait qui met en relation sa situation affective, la stigmatisation de sa corpulence et son appétit problématique :
Elle n’aimait rien, personne ne l’aimait. Elle ne comprenait même pas bien ce que ça voulait dire. – Mais tu aimes bien la soupe ? lui dit le père Jameau en éclatant de rire, car il faisait allusion à la graisse qui la boursouflait. Elle rougit et baissa la tête sans répondre. C’était là son grand péché, et on l’avait deviné tout de suite : elle était gourmande. Si gourmande qu’elle avait chipé, en trôlant vers la cheminée, des pommes de terre qu’on faisait cuire pour les porcs […]. (43)
La triple répétition du verbe « aimer », établissant une continuité entre le déficit d’affection et l’excès d’appétit, souligne un déséquilibre important. En effet, dans cette scène de repas qui juxtapose l’insécurité alimentaire et la solitude de jeune servante, Victoire offre la mesure d’une conduite qui « ne ressemblait à rien de ce que disent et pensent les autres filles de son âge » (43) ; sa gourmandise participe dès lors pleinement au portrait de son altérité d’orpheline mal initiée aux codes de la socialisation attendue. La nourriture, nous rappelle Marie Scarpa, « est toujours médiation et/ou discrimination17 », et le rapport entretenu avec les codes de consommation alimentaires, manifeste lors des scènes de repas, est particulièrement révélateur des relations entre personnages, voire plus largement de la posture sociale du mangeur ou de la mangeuse, puisqu’il relève sa capacité ou son incapacité à « reproduire les usages du monde18 ». L’excès de nourriture et le vol des pommes de terre par Victoire, problématiques au regard des « bienséances » alimentaires, ne sont donc pas mis en scène uniquement pour accuser une faute de goût et de morale19, mais bien pour souligner la difficulté pour l’orpheline à s’intégrer aux codes de son nouveau milieu. La faim, à cet égard, revêt donc une symbolique double recoupant tant la faim alimentaire que la faim affective.
La représentation de la singularité d’un corps féminin qui ne cache pas ses courbes et ses appétits dans Victoire la Rouge nous semble ainsi procéder d’une logique de renversement caractéristique du « naturalisme au féminin » : s’ils demeurent la proie d’un appareil de préjugés culturels sur les « excès » et la matérialité du corps des femmes, ils agissent davantage comme miroirs d’une « faute » collective et sociale que comme fenêtres d’un vice genré. Les inconduites de Victoire nous semblent ainsi accuser davantage sa solitude et l’hypothèque de son éducation lacunaire à l’hospice qu’une corruption de sa nature.
Crier de faim pour décrier le malheur
La récupération de l’appétit comme expression de précarité socioéconomique est particulièrement manifeste dans le rapport de Victoire avec la déroute et l’infortune. Dans un roman qui met en scène le malheur féminin d’une façon « cumulative et répétitive20 » selon le schéma « trois viols, trois grossesses, trois exclusions21 », on constate en effet que l’apparition périodique de la fureur d’appétit s’inscrit pleinement dans la logique de la désocialisation du personnage. La faim criante et envahissante, intervenant à la manière d’un aiguillon du malheur, surgit ainsi toujours dans les situations de mise à l’écart, où Victoire est rejetée et livrée à elle-même : alors qu’elle est chassée de la ferme des Jameau pour la grossesse que lui inflige le viol de Périco, on lit que « son ventre énorme […] la tourmentait parce qu’elle avait faim et qu’on oublia de la faire souper » (68) ; « elle essaya d’endormir sa faim ». (69) Sortant de prison après l’infanticide involontaire du fruit d’un second viol, elle fait rire les clients d’une auberge tant elle « s’emplit de nourriture » (130) et « dévor[e], à pleine bouche vorace, le souper de charretier qu’elle s’était fait servir » (123). L’errance qui suit met de nouveau l’appétit au cœur de la tension narrative : « elle avait faim. C’était sa pensée unique maintenant. […] Il fallait chercher sa nourriture […] comme un loup affamé ! […] Avant tout il lui fallait manger. Il lui restait bien quelque argent […], mais c’était peu pour son appétit. » (128-129) Enfin, chassée à nouveau d’une ferme où elle est reconnue comme mère infanticide, on la voit qui « s’emplissait la bouche, toujours vorace, ne songeant dans sa fuite qu’à apaiser l’énorme faim qui lui mordait les flancs » (146).
Remarquons le lexique bestial (« dévorer », « vorace », « loup affamé ») qui, à travers la peinture d’un appétit irrépressible, réactive une série de rapprochements entre la jeune femme et la condition animale. Si de nombreuses occurrences d’animalisation de l’héroïne et de son existence de « bête de somme » (63) permettent, tout au long de Victoire la Rouge, d’articuler une commune défense de la servitude féminine et animale22, l’apparition d’un appétit carnassier participe à son tour à la critique des violences contre les êtres vulnérables, en relevant leur portée déshumanisante. La faim et la détresse de l’abrutissement partagent en effet une résonance symbolique forte au XIXe siècle : « avec la faim réapparait la bête humaine23 », rappelle Joëlle Bonnin-Ponnier. Il n’est dès lors pas étonnant que, dans les épisodes de précarité matérielle et affective, l’appétit s’érige comme point de contact entre la situation de Victoire et celle des animaux exploités qui peuplent le roman. Étant « quasiment comme les bêtes, lesquelles n’ont point de famille et sont trop heureuses de servir les gens qui les font manger, sans quoi elles mourraient de faim » (51), Victoire connait un état de dépendance et d’asservissement qui la rapproche des animaux sans défense.
Cette apparition cyclique d’une faim obsédante et animalisée dans les pivots narratifs qui relèguent la jeune femme au danger de l’exil nous semble non seulement un moyen mis en place par le texte pour susciter la compassion envers Victoire, mais surtout une manière d’actualiser une forme de transfert entre les besoins affectifs et moraux d’une part et les appétits du ventre de l’autre. Un tel déséquilibre se produit dès l’arrivée de Victoire sur la ferme des Jameau : la jeune femme se montre très peu sensible à son bien-être intérieur alors qu’elle se trouve préoccupée à l’extrême par les questions relatives aux aliments : « Tout lui était indifférent pourvu qu’elle pût se tasser quelque part à ne rien faire et le ventre plein » (43). Si le récit met en scène un tel investissement des « inconsciences natives de l’être primitif, ses appétits, ses instincts » (125) chez Victoire, ce n’est pas pour suggérer que l’excès des appétits est à l’origine de sa déchéance, contrairement à ce qu’a voulu lire la critique de l’époque24. Il cherche à illustrer, au contraire, que la déchéance par la société produit, en quelque sorte, le trouble de l’appétit. En effet, nous constatons que le malheur dans Victoire la Rouge n’influence pas seulement la trajectoire romanesque de Victoire, mais définit aussi sa psychologie : chez cette femme, dont il est rappelé dès la première page qu’elle « n’était point idiote » (39), on note qu’un « coup de malheur subit semblait lui avoir vidé le cerveau » (180). Si le malheur, entité autonomisée dans le roman25, peut ainsi s’interposer dans l’éveil de la sensibilité de Victoire, l’appétit exacerbé qu’il convoque à chaque exclusion nous semble pouvoir être lu comme l’assujettissement de l’esprit aux besoins corporels, dans un contexte où le malheur et l’oppression paralysent l’épanouissement affectif.
Suivant cette idée, nous constatons que, alors que l’appétit surgit dans la déroute, il tend inversement à se réguler quand Victoire connait des relations ou des conditions plus clémentes, laissant entrevoir un potentiel de sensibilité et de conscientisation non négligeable. Deux épisodes nous semblent particulièrement évocateurs. D’abord, la rencontre avec la femme du maire, qui offre sa compassion et ses ressources à la jeune femme quand celle-ci est sur le point d’être chassée, opère un premier renversement de la subordination des « besoins » du corps au « maintien26 » social :
Et dans cette sorte d’éblouissement moral qui lui donnait comme une lucidité somnambulique, elle vit plus loin que sa pensée habituelle : elle aperçut sa vie, ses fautes, sa grossièreté, ses besoins indomptés, elle sentit vaguement qu’elle n’aurait pas dû faire le mal. Puis cet éclair, passé devant son cerveau dans une crise d’exaltation, s’évanouit, et elle demeura effarée dans son hébétude brutale, avec cette éternelle pensée qu’elle allait avoir faim. (145)
Similairement, à la fin du récit, quand Victoire connait un relatif épanouissement en formant un ménage avec le « Sauvage », la surdétermination de sa corporalité et de ses appétits fait place à une plus grande expression intellectuelle :
[Elle] avait tari sa grande gloutonnerie et cette voracité féroce qui, jadis, sans cesse la rongeait. Dans cette existence conjugale où ses instincts puissants s’étaient apaisés, et comme elle n’éprouvait plus l’inquiétude de ses besoins, ni les tourments cruels qui l’avaient tenue si longtemps dans une hébétude douloureuse, Victoire s’était presque affinée, et son cerveau étroit, moins fruste et moins lourd, devenait capable de concevoir des idées et des raisonnements qui ne l’avaient jamais approché jusqu’ici. (171)
Reprenant la conception propre à certains récits du XIXe siècle que « la satiété, loin d’obscurcir les esprits, [peut être] sublimée en quelque sorte par une activité intellectuelle27 », ces deux épisodes laissent entrevoir un possible narratif qui, bien que refermé aussitôt, révèle le potentiel d’une « modification du seuil de sensibilité28 » de Victoire, chez qui l’esprit « affiné » pourrait prendre le pas sur les criants besoins du corps. Une distinction est en effet nettement esquissée entre la sensibilité intellectuelle et « l’hébétude » conditionnée par le milieu, à laquelle s’associe « la pensée qu’elle allait avoir faim », la « gloutonnerie » et la « voracité ». Si, comme le note Karine Brière, « l’aliment joue un rôle descriptif par rapport au sujet consommant29 » dans la littérature naturaliste, l’apparition cyclique d’un appétit intarissable et vorace dans les pivots malheureux de l’existence de Victoire nous semble donc signaler le manque de soin et de secours portés à cette jeune femme à qui tout a manqué, elle à qui « jamais personne [n’avait] dit le plus petit mot d’amitié, au contraire » (50). Dans un roman qui « sert de porte-parole à ceux et celles qui […] n’ont pas de voix pour dire les maux qui les frappent30 », les cris du ventre affamé font donc entendre toute la détresse que Victoire ne parvient pas à verbaliser ; le malheur, dans Victoire la Rouge, semble dès lors s’exprimer davantage dans une « mise en corps » que dans une « mise en mots ».
Du corps « mangeur » au corps « mangé »
L’investissement du thème de l’appétit pour articuler une critique de l’exploitation des femmes dans Victoire la Rouge n’est pas seulement une manière de renégocier la représentation du corps féminin stigmatisé face au « corps social » hostile ; c’est aussi un motif qui, réactivant les correspondances linguistiques et culturelles entre alimentation et sexualité31, éclaire nettement le « trouble consommatoire » qui structure le drame des trois viols de Victoire de façon à remettre en lumière la subjectivité d’une chair féminine violentée.
Si l’invocation d’un « imaginaire du comestible32 » dans le langage du sexe et de la chair est un schème culturel très commun au XIXe siècle, qui considère « l’intersection entre nourriture, genre et sexualité […] comme fondements et instruments des négociations identitaires genrées33 », nous croyons que le traitement des parentés symboliques entre désirs et consommation dans Victoire la Rouge opère une certaine transgression. Dans une littérature réaliste qui codifie la sexualité selon « l’idée du combat des sexes34 » et le schéma d’un « personnage masculin en posture de proposition et [d’un] personnage féminin en posture de refus35 », ces constructions sémantiques et culturelles traduisent communément des hiérarchies de genres36, où la femme apparait en « nourriture pour l’homme37 ». Plusieurs nouvelles de Maupassant, signale par exemple Chantale Gingras, « présentent encore les femmes comme un plat que les hommes convoitent pour combler leur appétit38 » ; chez Zola, Brière soulève l’importance du stéréotype de la femme en « objet de consommation appétissant39 ». Déployant un regard plus critique sur ce topos de la dévoration du féminin par le masculin, le roman Victoire la Rouge nous semble pour sa part se réapproprier les résonances entre alimentation et sexualité pour illustrer la souffrance que de tels rapports de domination imposent aux femmes. La notion d’appétit est ainsi repensée non seulement dans la manière dont elle s’incarne chez les protagonistes du roman, mais aussi dans tout l’imaginaire « alimentaire » de la trame romanesque : les scènes de repas collectif, par exemple, juxtaposant des comportements nourrissant, comme la circulation du goûter (55), aux allusions sexuelles, comme les « plaisanteries crues » (55) ou la « buée [des] souffles chauds » (91), ne servent pas uniquement à suggérer une union des « plaisirs du lit à ceux de la table40 » ; Ménard remarque que, précédant toujours les viols de Victoires, elles s’érigent plutôt en « prélude au contentement d’une autre faim, prédatrice, virile, funeste41 », puissamment critiquée.
Le motif du ventre de Victoire représente un détournement particulièrement notable des symboliques alimentaires et sexuelles aux fins d’illustration des souffrances d’une chair féminine « consommée » contre son gré. Si le ventre est un thème récurrent dans plusieurs œuvres naturalistes (Le Ventre de Paris de Zola se structurerait par exemple sur l’idée du « ventre de l’humanité42 »), le roman Victoire la Rouge investit ce symbole d’une focalisation plus sensible aux enjeux de la condition féminine43 : les allusions répétées au « ventre immense » (96), « ventre plein » (43), « ventre énorme, effrayant » (65) et « ventre maudit » (109) de Victoire construisent implicitement un réseau de continuité entre le ventre comme foyer des cris de l’estomac et comme foyer des grossesses indésirées, selon un schéma qui souligne bien l’asymétrie des appétits féminins et masculins. Par exemple, après la découverte de la grossesse résultant du viol commis par Périco, Victoire se voit chassée de la ferme Jameau ; on lit alors que son « ventre énorme […] la tourmentait parce qu’elle avait faim et qu’on oubliait de la faire souper » (68). La phrase déjoue l’attente créée par la scène de condamnation de la grossesse et rapporte le « tourment du ventre » de la souffrance maternelle appréhendée à la souffrance alimentaire pour exprimer une détresse commune au viol et aux mauvais traitements. Cet effet d’ambiguïté autour des fonctions alimentaires et maternelles du ventre confronte un appétit (alimentaire) féminin insatisfait à un appétit (sexuel) masculin assouvi par la force, pour mieux dégager le continuum d’exploitation entre le « ventre servile affamé » et le « ventre féminin violé ». Similairement, la polysémie du terme « grosse », évoquant tantôt la corpulence, tantôt la grossesse (de sorte à établir une confusion qui dépasse le domaine lexical et s’incarne dans la narration, puisque plusieurs personnages confondent eux-mêmes la grossesse de Victoire avec une prise de poids), marque une continuité entre la stigmatisation sociale grossophobe et la violence sexuelle infligée aux corps des femmes. À travers ce que Ménard qualifie de « drame du ventre44 », le roman mobilise ainsi les échos culturels entre fonction digestive et fonction sexuelle pour critiquer « le droit masculin à disposer violemment du ventre féminin45 ». À une époque où la mise en scène de la violence sexuelle dans la littérature naturaliste échoue à conceptualiser proprement la notion même de viol46, considérant celui-ci comme un fait divers, voire une des « déchéances habituellement assignées aux destinées féminines47 », ce détour thématique suscite ainsi une réaction d’empathie chez le lectorat à l’endroit de la victime violée48, pour mieux déployer la condamnation de la « faim irrépressible49 » des hommes.
Au-delà de la « mangeuse d’hommes »
Si le motif du ventre tend ainsi à dénoncer l’appropriation d’une chair féminine décrétée « comestible et baisable50 » par la voracité masculine, il convoque aussi l’idée reçue au XIXe siècle selon laquelle « le désir féminin se présente comme un ventre qui veut être rempli51 ». Une telle proximité symbolique entre appétit, maternité et sensualité éclaire bien la centralité de la question du désir féminin dans Victoire la Rouge. En effet, confrontant le tabou littéraire voulant que le corps des femmes, « dans sa spécificité sexuée, reste […] absent de l’ensemble de la production romanesque du temps52 », le roman réfléchit non seulement à l’appétit sexuel masculin comme vecteur de violence, mais aussi à l’appétit sexuel féminin comme lieu de cette violence même. Réhabilitant le « droit des femmes à disposer de leur ventre et de leur faim53 », le texte explore ainsi, à plusieurs reprises, l’expression d’un désir charnel chez Victoire : la jeune femme « crève d’aise » quand on la courtise, est « tout enflammée d’un plaisir de femme attaquée qui lui donnait des sensations nouvelles et joliment plaisantes » (89) et « [pense] tout le temps à son prochain mariage […] avec des sueurs et des petits frissons de sa chair robuste » (90), etc. Alors que la société française du XIXe siècle conçoit une grande suspicion à l’endroit des figures romanesques de femmes désirantes, considérant la sexualité féminine comme « un objet bizarre, une chose à la fois redoutable et ridicule54 », une telle mise en scène du désir féminin dans un roman naturaliste représente un dépassement de la focalisation qui cantonne traditionnellement la femme à une posture de « personnage regardé55 », en redonnant à la chair féminine sa propre subjectivité ; par ailleurs, analysant lucidement le paradoxe d’une héroïne qui éprouve du désir pour un homme (qu’il s’agisse de Périco ou du « beau Dragon »), mais qui subit contre sa volonté l’assouvissement de son désir, le texte articule plus largement une réflexion sur le viol en tant que trahison du désir féminin.
L’écriture du « corps féminin désirant » dans Victoire la Rouge est d’autant plus transgressive que, récupérant encore une fois les parentés symboliques entre appétit alimentaire et appétit sexuel pour y intégrer un point de vue plus féministe, elle convoque le riche imaginaire misogyne de la « mangeuse d’hommes » par l’entremise d’une figure gourmande et corpulente, mais à des fins de confrontation des clichés. Rappelons que, dans un régime où la femme, objet de consommation, se doit d’être « inoffensive, incapable de mordre56 », la gourmandise et l’embonpoint féminins sont en effet perçus comme des signes d’insoumission57 particulièrement suspects : toute manifestation « d’excès » corporel est interprétée comme un « dérèglement » de l’ordre social58. Certains discours fins-de-siècle prétendent ainsi que « le contenu de l’assiette renseigne sur les préférences érotiques de la croqueuse59 » ; dans les théories médicales de Parent-Duchâtelet, l’association entre gourmandise et luxure nourrit le postulat que « l’appétit d’une jeune personne pour les mets bizarres signale par analogie son goût dévoyé pour la sexualité60 ». De telles constructions se traduisent couramment dans la littérature réaliste et naturaliste par l’archétype de la grosse et gourmande prostituée (pensons à Nana de Zola ou à Boule de Suif de Maupassant, par exemple). Nous constatons toutefois que dans Victoire la Rouge, les échos entre les « inconduites » alimentaires de Victoire et l’expression de ses désirs ne sont pas entièrement au service de cet imaginaire. Certes, les motifs de la corpulence et de la voracité participent à l’érotisation du personnage, dans des passages descriptifs qui subordonnent le corps féminin au « male gaze61 » : Victoire a « de la poitrine plein son corsage et des hanches plein ses jupes » (40), « l’aspect d’une vigoureuse femelle, bâtie à point pour l’amour robuste » (53) et sa « grosse bouche gourmande » (93) est aussi une « bouche sensuelle [qui donne] faim62 », etc. De même, les termes « appétit robuste enfin satisfait » (93) et « apaisement des appétits » (182), évoqués pour décrire les désirs de Victoire, réactivent le rapport homologique entre la faim et la sexualité, tout en dialoguant avec les allusions à une « grosse bestialité » (182), qui accentuent la lubricité du personnage. Cependant, les représentations du désir féminin, possiblement tributaires des observations typologiques du XIXe siècle selon lesquelles le désir en milieu rural ne se manifeste pas de la même manière que le désir urbain bourgeois63, s’inscrivent à notre avis davantage dans la continuité d’une peinture d’une femme à qui l’amour et l’éducation ont fait défaut que dans le portrait d’une redoutable « mangeuse d’homme ». La corrélation entre l’inconduite alimentaire et les « appétits sexuels » serait, à cet égard, investie par le texte, non pour articuler un portrait réducteur de la femme désirante, mais pour illustrer comment ces « débordements » de la modération féminine relèvent d’un déséquilibre des besoins corporels et affectifs. Un extrait du dernier chapitre, où Victoire connait un semblant d’épanouissement auprès du Sauvage dont elle se croit aimée, l’illustre bien :
Et puis, d’ailleurs, les six mois de bonheur qu’elle venait de passer lui avaient donné des besoins et comme une sensibilité qui rendait aujourd’hui sa souffrance plus aiguë et moins supportable. Sa grosse bestialité de jadis, qui ne visait qu’à l’apaisement de ses appétits, était devenue, par affinement, une sensualité plus exigeante. Des besoins de cœur lui étaient venus. (182)
Dans cette scène, un contexte heureux voit la jeune femme sublimer les appels de sa chair en « besoins de cœur » plus conforme au modèle féminin du XIXe siècle, et transforme la fille prompte à « faire crever son rire bestial » (171) devant les « plaisanteries fortes » à une femme qui « [éprouve] maintenant le besoin de répandre [l’amour] autour d’elle » (172). Suivant le schéma précédemment analysé d’une possible subordination de l’appétit à la sensibilité psychologique, l’extrait thématise donc ici un similaire « affinement » du désir sexuel en « sensualité plus exigeante » (182), et suggère que les besoins du corps sont avant tout le résultat d’une condition affective critique.
La revendication au plaisir féminin dans Victoire la Rouge demeure assujettie à un ensemble de contraintes et considérations sociales, conformément au paradigme littéraire du XIXe siècle voulant que le désir des femmes, « phénomène physiologique anormal64 », ait toujours besoin d’un « prétexte pour justifier [sa] peinture littéraire65 » ; mais si le roman peyrebrunien ne procède pas à un complet dépassement des indicibles et des impensables de son époque, il n’adhère pas non plus complètement à l’idée selon laquelle « le désir féminin ébranle l’ordre social, menace la santé, voire la vie masculine, et mérite donc des châtiments66 » ; l’émergence des premiers émois amoureux de Victoire conserve des accents de réclamation à la liberté, au plaisir et à la dignité d’une femme qui souhaite être « enfin considérée et prisée pour ce qu’elle [vaut] » (90). Mettant en contraste un désir féminin naissant avec « la brutalité formidable » (89) des désirs masculins, le roman examine la manière dont, dans un univers où « tout le malheur » (96) est pour les femmes, la sexualité féminine est avant tout l’objet d’une profonde inégalité de conditions. Tout comme l’appétit alimentaire, le désir féminin est certes l’objet d’un traitement singulier, mais il jouit néanmoins d’un espace d’expression au lieu de demeurer « un point aveugle67 » de la littérature. Le roman élargit dès lors le champ des représentations possibles du personnage féminin.
L’appétit, un plat de résistance
Dans son édition critique de Victoire la Rouge (2024), Ménard relève comment la peinture des impitoyables appétits sexuels des hommes, dont le roman fait le procès, ont parfois échappé au lectorat du XIXe siècle, qui, passant rapidement sur les « accidents pour Victoire » (entendre ici les viols), ont surtout condamné sa « nature bestiale, n’ayant que des appétits68 ». Si une telle lecture profondément misogyne est heureusement dépassée, elle témoigne néanmoins de l’importance à cette époque des discours sociaux qui associaient féminité, bestialité et appétits. En effet, les « fatalités de la chair » et le « ventre maudit comme lieu de tous les appétits69 », lieux communs de la littérature naturaliste, coexistent avec tout un appareil de considérations idéologiques et pseudo-scientifiques qui présentent les femmes en « croqueuses d’hommes » et qui associent très fortement gourmandise et sexualité subversive. Loin d’en faire des marqueurs de vice, de prédestination malheureuse ou de bestialité, le roman peyrebrunien inscrit les appétits dans un dépassement des limites du modèle féminin convenu et les érige en indicateurs sociaux de la vulnérabilité d’une domestique exploitée et violée. À une époque où l’on reproche aux écrivaines comme Peyrebrune de faire « un faux-pas dans le naturalisme70 », la représentation des appétits est une forme de détour narratif possible pour dépeindre la douloureuse altérité féminine stigmatisée. En effet, si l’insistance sur l’embonpoint, la gourmandise et la faim vorace de Victoire semble à première vue participer à la réduction du personnage, une analyse approfondie permet de souligner comment ces motifs articulent aussi une forte critique de l’ostracisation et de la vulnérabilité de l’héroïne. Similairement, la place accordée par le texte au désir sexuel d’une jeune femme ne se contente pas de rejouer les clichés de la « mangeuse d’hommes », mais inscrit aussi ces désirs dans une défense de l’intégrité des femmes face aux violences des appétits masculins impunis. On ne sera donc guère surpris·e que les appétits dans Victoire la Rouge, tantôt stigmatisés, tantôt justifiés, puissent aussi prendre le visage d’un « appétit de vivre » (132) permettant à Victoire d’avancer dans les moments de déroute, car ils sont, dans le récit comme dans l’écriture romanesque, des forces profondément nécessaires.
Bibliographie
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-
Martine Reid, « Le temps des romancières », dans Martine Reid (dir.), Femmes et littérature. Une histoire culturelle, vol. 2, Paris, Gallimard, coll. « Essais », 2020, p. 159.↩︎
-
Ferragus Ulbach, « La littérature putride », Le Figaro, Paris, janvier 1868., cité par Sophie Ménard (« Reconnecter Georges de Peyrebrune au réseau naturaliste : les fatalités du ventre féminin dans Victoire la Rouge », dans Marie-Astrid Charlier (dir.), Naturalismes en réseaux. Approches réticulaires et connectées, 2025 (à paraître), en ligne, <https://www.medias19.org/>).↩︎
-
Nelly Sanchez, « En guise d’introduction. Le naturalisme au féminin », Les Cahiers naturalistes, nᵒ 95, 2021, p. 129.↩︎
-
Sophie Ménard, « Préface », Victoire la Rouge, Paris, Le Livre de Poche, coll. « Classiques », 2024, p. 12. C’est à cette édition du roman que renverront désormais les numéros de page indiqués dans le corps du texte.↩︎
-
Ibid., p. 28.↩︎
-
Anne-Claire Marpeau, « Le regard masculin, ou male gaze : le roman réaliste français du XIXe siècle à l’épreuve d’un outil d’analyse féministe », Romantisme, Vol. 201, nᵒ 3, 2023, en ligne, <https://shs.cairn.info/revue-romantisme-2023-3-page-139>.↩︎
-
Lucie Nizard, Les voiles du désir féminin. 1857-1914, Paris, Presses Sorbonne Nouvelle, 2024, p. 224.↩︎
-
Karine Brière, « Les symptômes du manger : troubles et conduites alimentaires dans la littérature réaliste et naturaliste du XIXesiècle », thèse de doctorat, Université de Toronto, 2020, f. 192.↩︎
-
Ibid., f. 175.↩︎
-
Anne-Claire Marpeau, « Le regard masculin, ou male gaze », loc. cit., p. 141.↩︎
-
Ibid.↩︎
-
Anne Monjaret, « De l’épingle à l’aiguille. L’éducation des jeunes filles au fil des contes », L’Homme, Vol. 173, nᵒ 1, 2005, en ligne, <https://doi.org/10.4000/lhomme.25033>, p. 6.↩︎
-
Ibid., p. 7.↩︎
-
Karine Brière, « Les symptômes du manger », op. cit., f. 16.↩︎
-
Chantale Gingras, « Bonne table, bonne chair : Maupassant et l’appétit sexuel », Québec français, nᵒ 126, 2002, en ligne, <https://www.erudit.org/en/journals/qf/2002-n126-qf1192584/55838ac/>, p. 4.↩︎
-
Geneviève Sicotte, « Le repas dans le roman du XIXe siècle en France », Québec français, nᵒ 126, 2002, en ligne, <https://id.erudit.org/iderudit/55837ac>.↩︎
-
Marie Scarpa, « Retour ethnocritique sur les modalités du ventre dans Le Ventre de Paris », dans Bertrand Marquer et Éléonore Reverzy (dir.), La cuisine de l’œuvre au XIXe siècle. Regards d’artistes et d’écrivains, Strasbourg, Presses universitaires de Strasbourg, coll. « Configurations littéraires », 2013, en ligne, <https://books.openedition.org/pus/2888>, p. 209.↩︎
-
Joëlle Bonnin-Ponnier, « Le Corps du mangeur dans “Les Rougon-Macquart” », Cahiers ReMix, nᵒ 8, 2018, en ligne, <https://oic.uqam.ca/publications/article/le-corps-du-mangeur-dans-les-rougon-macquart>.↩︎
-
Karine Brière, « Les symptômes du manger », op. cit., f. 9.↩︎
-
Sophie Ménard, « Présentation. Le récit de malheur au XIXe siècle », Études françaises, Vol. 58, nᵒ 2, 2022, en ligne, <https://www.erudit.org/fr/revues/etudfr/2022-v58-n2-etudfr07315/1092521ar/>, p. 11.↩︎
-
Sophie Ménard, « Préface », op. cit., p. 14.↩︎
-
Ibid., p. 15.↩︎
-
Joëlle Bonnin-Ponnier, « La faim dans l’œuvre de Maupassant », dans Bertrand Marquer et Éléonore Reverzy (dir.), La cuisine de l’œuvre au XIXe siècle. Regards d’artistes et d’écrivains, Strasbourg, Presses universitaires de Strasbourg, coll. « Configurations littéraires », 2013, en ligne, <https://books.openedition.org/pus/2894>, p. 219.↩︎
-
Sophie Ménard, « Reconnecter Georges de Peyrebrune au réseau naturaliste », loc. cit.↩︎
-
Sophie Ménard, « Présentation. Le récit de malheur au XIXe siècle », loc. cit., p. 9.↩︎
-
Joëlle Bonnin-Ponnier, « Le Corps du mangeur dans “Les Rougon-Macquart” », loc. cit.↩︎
-
Joëlle Bonnin-Ponnier, « La faim dans l’œuvre de Maupassant », op. cit., p. 226.↩︎
-
Sophie Ménard, « Préface », op. cit., p. 18.↩︎
-
Karine Brière, « Les symptômes du manger », op. cit., f. 7.↩︎
-
Sophie Ménard, « Préface », op. cit., p. 16.↩︎
-
Anne Isabelle François, « Des corps qui cuisinent et des corps cuisinés », dans Bertrand Marquer (dir.), « Dis-moi ce que tu manges, je te dirai ce que tu es ». Fictions identitaires, fictions alimentaires, Strasbourg, Presses universitaires de Strasbourg, coll. « Configurations littéraires », 2020, en ligne, <https://books.openedition.org/pus/24247>, p. 191.↩︎
-
Ibid.↩︎
-
Ibid., p. 192.↩︎
-
Anne-Claire Marpeau, « Le regard masculin, ou male gaze », loc. cit., p. 149.↩︎
-
Ibid.↩︎
-
Anne Isabelle François, « Des corps qui cuisinent et des corps cuisinés », op. cit., p. 192.↩︎
-
Chantale Gingras, « Bonne table, bonne chair », loc. cit., p. 44.↩︎
-
Ibid., p. 45.↩︎
-
Karine Brière, « Les symptômes du manger », op. cit., f. 180.↩︎
-
Chantale Gingras, « Bonne table, bonne chair », loc. cit., p. 44.↩︎
-
Sophie Ménard, « Reconnecter Georges de Peyrebrune au réseau naturaliste », loc. cit.↩︎
-
Marie Scarpa, « Retour ethnocritique sur les modalités du ventre dans Le Ventre de Paris », op. cit., p. 204.↩︎
-
Nelly Sanchez, « En guise d’introduction. Le naturalisme au féminin », loc. cit., p. 132.↩︎
-
Sophie Ménard, Reconnecter Georges de Peyrebrune au réseau naturaliste, op. cit.↩︎
-
Ibid.↩︎
-
Chantal Pierre, « Viols naturalistes : “commune histoire” ou “épouvantable aventure” ? », Tangence, nᵒ 114, 2017, en ligne, <http://id.erudit.org/iderudit/1041073ar>.↩︎
-
Ibid., p 63.↩︎
-
Sophie Ménard, « Préface », op. cit., p. 21.↩︎
-
Sophie Ménard, Reconnecter Georges de Peyrebrune au réseau naturaliste, op. cit.↩︎
-
Anne Isabelle François, « Des corps qui cuisinent et des corps cuisinés », op. cit., p. 191.↩︎
-
Lucie Nizard, Les voiles du désir féminin, op. cit., p. 63.↩︎
-
Martine Reid, « Le temps des romancières », op. cit., p. 167.↩︎
-
Sophie Ménard, Reconnecter Georges de Peyrebrune au réseau naturaliste, op. cit.↩︎
-
Lucie Nizard, « Autrices et désir sexuel féminin dans le roman du second XIXe siècle : vers un érotisme au féminin? », dans Luana Bermudez et al. (dir.), Les lignes du corps : erotismo y literaturas románicas, New York, Instituto de Estudios Auriseculares (IDEA), 2021, p. 2.↩︎
-
Anne-Claire Marpeau, « Le regard masculin, ou male gaze », loc. cit., p. 142.↩︎
-
Anne Isabelle François, « Des corps qui cuisinent et des corps cuisinés », op. cit., p. 192.↩︎
-
Karine Brière, « Les symptômes du manger », op. cit., p. 192.↩︎
-
Ibid., p. 254.↩︎
-
Lucie Nizard, Les voiles du désir féminin, op. cit., p. 149.↩︎
-
Ibid.↩︎
-
Dans un article (Lucie Nizard, « Autrices et désir sexuel féminin dans le roman du second XIXe siècle », op. cit., p. 3-4), Nizard invoque la définition de Laura Mulvey, selon qui le « male gaze » serait « un certain type de point de vue masculin qui consiste à envisager la femme comme matière première (passive) pour le regard (actif) de l’homme. » Voir Laura Mulvey, Au-delà du plasir visuel. Féminisme, énigmes, cinéphilie, Paris, Mimesis, 2017.↩︎
-
Dans le texte de l’édition de 1883. Voir les « Notes » de Ménard (Georges de Peyrebrune, Victoire la Rouge, Sophie Ménard (éd.), Paris, Le Livre de poche, coll. « Classiques », 2024, p. 198).↩︎
-
Lucie Nizard, Les voiles du désir féminin, op. cit., p. 71.↩︎
-
Ibid.↩︎
-
Ibid.↩︎
-
Ibid.↩︎
-
Lucie Nizard, « Autrices et désir sexuel féminin dans le roman du second XIXe siècle », op. cit., p. 2.↩︎
-
Maxime Gaucher, « Causerie littéraire V », La Revue politique et littéraire, 1883., cité par Sophie Ménard, « Préface », op. cit., p. 20.↩︎
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Sophie Ménard, « Préface », op. cit., p. 15.↩︎
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Sophie Ménard, « Reconnecter Georges de Peyrebrune au réseau naturaliste », loc. cit.↩︎
Éloïse Gagnon est étudiante à la maîtrise en littératures de langue française à l’Université de Montréal, où elle s’intéresse à l’œuvre de Marie-Claire Blais avec une approche ethnocritique. Fascinée par la représentation des pratiques culturelles, la question des inégalités sociales et les trajectoires féminines dans l’histoire littéraire, elle mène en parallèle de ses activités de recherche quelques projets de création littéraire. Elle a notamment vu un de ses textes être mis en lecture au théâtre La Licorne dans le cadre du Porte-Voix au printemps 2025, et s’apprête à être publiée dans la revue littéraire Paupière.
