Passer au contenu

Entretien avec Sonia Bolduc

 Entretien réalisé par Astrid Novat, co-directrice du dossier

Fémur (Astrid Novat) : Dans votre recueil vous avez choisi d’aborder le thème de la mort. Si c’est un sujet tabou, elle est aussi, de manière paradoxale, extrêmement médiatisée et fantasmée. Geoffrey Gorer parle à ce sujet de « pornographie de la mort1 ». Pourquoi avoir choisi ce thème plutôt qu’un autre, en particulier pour un premier recueil ?

Sonia Bolduc : En fait, disons pour faire une histoire relativement courte sur le pourquoi, c’est que j’avais amorcé l’écriture d’un récit poétique qui est toujours en cours d’écriture, mais qui était sur la dernière journée de quelqu’un qui ne sait pas qu’il va mourir. Moi, je trouve ça très perturbant de penser qu’un matin tu vas te lever et que tu vas faire ta journée tranquillement, comme d’habitude, mais que ça va être ta dernière journée et que tu le sais pas. Donc le récit porte là-dessus. On a souvent une image assez unidimensionnelle de la mort, puis ce qui est souvent présenté dans le cinéma, c’est vraiment le moment de la mort, puis la violence autour de la mort et la tristesse autour de la mort, mais il y a toute une gamme d’émotions qu’on explore rarement et, moi, j’avais envie de décortiquer ça. C’était vraiment de l’écriture automatique pour aller chercher différentes images autour de la mort, selon la personne qui meurt, selon notre lien… Donc c’était vraiment de l’écriture automatique pour nourrir le récit. Le but n’était pas du tout de faire le recueil sauf que je me suis retrouvée après deux mois et demi, presque trois mois d’écriture avec plus de 300 morts comme ça, puis il est apparu avec le temps qu’il y avait là quelque chose qui pouvait faire un recueil relativement intéressant autour de la mort, mais il n’y avait au début pas ce désir-là de faire le recueil. Moi, je suis depuis toujours fascinée par la mort, par la mort, puis par le désir de vivre, d’être conscient de la finalité pour embrasser jour après jour la vie.

Fémur : Ce désir de vie est très présent dans votre recueil. Je pense notamment au poème « Quand tu mourras…/à peine douze jours après le début de cette retraite/que tu attendais si/impatiemment/tes projets resteront entassés sur le manteau de la/cheminée2 ».

SB : Oui, cette nécessité de vivre de manière très consciente. Je ne veux pas faire dans la psycho-pop mais je pense que c’est important d’être relativement conscient que tout cela est très passager et d’en tirer le meilleur mais, après, je ne sais pas à quel point on peut donner un sens à sa vie et à quel point c’est nécessaire de le faire. Je n’ai pas ces réponses-là. Mais, depuis l’adolescence, j’ai ce désir de faire le point sur est-ce que je suis au bon endroit, avec les bonnes personnes pour donner un minimum de sens à tout ça, étant donné que c’est tellement bref. Ça ressort beaucoup dans le recueil parce que, de façon générale, et même si on est très attentif à tout ça, il y a des moments où on avance un peu sur le neutre et on a besoin d’un repos mental, mais c’est tellement facile de mourir avant sa mort, de mourir de son vivant et d’être mort pendant 40 ans avant son décès. Puis moi, ça, ça me fait peur. J’ai déjà peur de la mort mais de pas profiter de la vie, on dirait que c’est ça, ma peur suprême. Donc, nécessairement, ça se reflète toujours dans ce que j’écris.

Fémur : On se pose des questions très pratico-pratiques à la lecture de votre recueil. Lorsqu’un proche meurt, en dehors des émotions très violentes, comment est-ce que ça se passe ? La mort a un coût, celui du cercueil, celui de la cérémonie, les crédits qu’il faut encore rembourser et ce, même après un décès. Dans l’un de vos poèmes, on lit les vers « peut-être juste me préciser/combien ça coûte3 ». On a presque, à certains moments, une mise à distance de cette effusion de sentiments qu’on voit partout, en particulier dans les films. C’est quelque chose que l’on aborde très rarement, encore moins en poésie.

SB : Non, et c’est un refuge aussi, les questions pratico-pratiques. Pour l’avoir vécu moi-même, tout le côté pratico-pratique, est-ce qu’on doit enlever le respirateur, le laisser partir, négocier avec les proches pour arriver à une décision commune… On est dans le pratico-pratique, et c’est un refuge. Il y a évidemment beaucoup d’émotions mais, après, il y a toute la question du legs, la question testamentaire, la question de l’organisation des funérailles. Tout cela devient pendant plusieurs jours un refuge qui te tient à l’écart de tes émotions parce que, là, il y a quelque chose qui est de l’ordre de la responsabilité.

Je pense que ça dépend aussi de ta relation avec la personne, et le fait de devoir quelque chose à quelqu’un, donc, ça devient un refuge pour les émotions. Une fois que ce refuge n’existe plus, l’entrée dans les émotions est complètement différente que si t’entrais directement dans tes émotions. Effectivement, on en parle pas beaucoup et, pour l’avoir observé, on dirait que certaines personnes ne sortent jamais du refuge.

On revient à la question de la représentation, de la grande tristesse. Parfois, des gens décèdent, et t’es pas dans la grande tristesse. Parfois, t’es dans une espèce de tristesse que tu comprends pas trop. J’ai accompagné des gens dans leur décès et, parfois, c’était juste très beau, et cette beauté-là venait un peu atténuer la tristesse. Aussi, quand t’accompagnes quelqu’un de malade longtemps, c’est un rapport différent à la mort que quand c’est une mort subite, violente. Je pense que c’est ça aussi que je voulais explorer dans le recueil, le fait que la mort ne provoque pas toujours la même émotion. Des fois, elle n’en provoque juste pas, parce qu’on a pas le même rapport à chaque personne.

Fémur : Votre recueil porte le sous-titre « recueil de morts ». C’est intéressant, car vous abordez tous types de morts : des morts violentes, des morts paisibles, des morts grotesques, des morts joyeuses. La mort et les morts sont abordés comme un ensemble hétéroclite. Comment aborder un sujet aussi vaste que la mort, sans tomber dans la banalité ?

SB : On ne le fait pas. La mort, elle est banale. On ne peut pas faire autrement qu’aller dans la banalité. Je pense à une des morts en particulier : « Quand tu mourras…/on publiera dans le journal/un avis de décès dont la photo/sera aussi floue/que ta vie4 ». Pensons aussi au nombre de gens qu’on enjambe sur le trottoir, notamment les personnes en situation d’itinérance. À partir du moment où on ne s’intéresse pas à la vie des gens, comment on peut s’intéresser à leur mort ? Je sais pas, je trouve ça difficile. Comme société, on fait ça beaucoup, banaliser des morts. Dénombrer des féminicides, à un certain moment, ça démontre une banalité. Ça démontre beaucoup un[e] espèce de statut, en tant que société, face à certaines violences, et je trouve que notre désintérêt, entre autres, envers les gens en situation d’itinérance, c’est humainement très violent.

Y’a rien de plus banal que la mort, au final : c’est la seule chose qu’on va tous partager. C’est un grand moment mais, en même temps, la seule chose qui est tout à fait inévitable, c’est ça. Fait que y’a quand même quelque chose de banal là-dedans. Parfois, ça en dit beaucoup sur la vie des gens, des fois, ça a rien avoir avec leur vie.

Fémur : Votre réponse rejoint l’angle de notre dossier, c’est-à-dire la question du rite et du rituel comme manière d’aborder la mort en tant que phénomène essentiel à la socialité. On met à distance le mort, on ne veut pas le voir, on le relègue au cimetière mais, en même temps, cette question de la mort est essentielle pour repenser les liens sociaux. Pensez-vous que Quand tu mourras interroge en partie la question du rituel ?

SB : C’est intéressant toute la question des rites et rituels, surtout la rapidité à laquelle ça s’est transformé. Au Québec, assurément en trente ans, les rites funéraires se sont transformés. Dans les années soixante-dix, quatre-vingt, on exposait le corps du mort pendant plusieurs jours, il y avait ce rassemblement familial, amical. Presque tout le village, toute la ville était là et, maintenant, on a quelque chose de complètement éclaté, et plus autant une obligation. Même si tu remontes à quinze ans en arrière, d’aucune façon tu ne pouvais imaginer ne pas aller aux funérailles de quelqu’un dont tu étais proche. Cette obligation semble être tombée, et probablement que la pandémie a accéléré ça aussi. Donc on dirait qu’il n’y a plus cette obligation de présence pour les gens endeuillés. Je trouve ça fascinant de voir comment on s’est éloigné de tout ça. Je me questionne, à quel point au départ avons-nous mis ces rites-là en place, peut être au départ pour des questions purement sanitaires, et à quel point c’est devenu un rite pour rendre hommage, et à quel point à un certain moment c’est devenu une « business ». Quelle est la réelle nécessité de ces rites-là ?

Fémur : Oui, Damien Le Guay parle de la perte de la « grammaire funéraire5 ». Si l’on a plus cette obligation, ce schéma préétabli, ça permet aussi de repenser à la manière dont on veut rendre hommage et à nos liens avec nos morts.

SB : Ça permet de personnaliser les adieux, mais ça exige que tu aies une telle relation avec la personne. Ça revient souvent dans le recueil : la personne est morte, mais je la connais pas tant que ça, on dirait que j’ai rien à dire sur elle. On n’a pas développé de lien. Je trouve ça intéressant de personnaliser les adieux et je suis souvent allée à des funérailles personnalisées. Pourtant, je pense aussi qu’il y a des gens qui ne peuvent pas personnaliser des funérailles parce que le lien qu’ils ont avec la personne est au final trop ténu. Des fois, on a rien à dire sur les gens qui partent ; des fois, ils ne nous ont rien dit d’intéressant pendant qu’ils étaient là. On en revient toujours aux relations humaines. À ce qu’on a laissé dans le regard des autres. C’était le but au début de l’exercice. Toutes les images de morts qui sont dans le recueil, et j’en ai seulement gardé la moitié, c’était des gens que je connaissais que j’ai fait mourir, et il y en a certains que j’ai fait mourir plusieurs fois parce qu’il y avait beaucoup d’émotions mais, pour d’autres, je me disais : « j’ai rien à dire ». C’est fascinant de réaliser que tous nos liens nous nourrissent de manière différente et laissent une empreinte très différente. Ça provoque beaucoup de colère chez moi quand on essaie d’établir des rites quand on ne connait pas la personne. Dans la vie, on essaie toujours de nous faire prendre un chemin qui est le même pour tout le monde et, quand tu sors du chemin, il y a un jugement. Tu dois rester sur ce chemin toute ta vie, et ça se prolonge jusque dans les rites funéraires où on veut encore que ce soit le plus générique possible, comme dans la vie. Ce désir de normer les rites funéraires de la même façon qu’on essaie de normer la vie des gens, moi, je suis contente que ça éclate assurément. J’aimerais ça aussi, que ça éclate dans les normes de la vie.

Fémur : Cet éclatement se manifeste dans votre écriture elle-même. Votre manière d’aborder la mort, en particulier dans un recueil poétique, diffère radicalement de ce que j’ai pu voir avant, tant du point de vue de la forme — vos poèmes sont très courts — que du point de vue du contenu — pas de métaphores, pas de figures de style complexes dans le but d’atteindre le « bon mot ». Ça rend la chose encore plus vraie.

SB : C’est parce qu’on est pas dans le « rendre hommage ». C’est probablement ça, la différence.

Fémur : Pensez-vous que votre pratique de l’écriture journalistique a influencé votre écriture ?

SB : Probablement, en partie dans la capacité à cerner des choses très précises, décortiquer des émotions, des faits. Ça, assurément, j’ai été journaliste 25 ans, donc c’est très ancré, cette capacité à décortiquer les choses. Après, c’est l’œuf ou la poule : je suis aussi très intéressée par ce que les gens vivent, je m’intéresse aussi beaucoup au silence dans les conversations. Les gens ont tendance à dire que je lis dans la tête des gens, mais assurément que le travail journalistique a aidé à séparer des choses et à rendre ça le plus succinct possible pour aller directement à l’image que je voulais partager.

Fémur : Quand on aborde la mort, on aborde avant tout un vide ontologique. On veut combler un vide terriblement angoissant. Vous avez fait le choix d’écrire des textes très courts, ce qui tend au contraire à accentuer ce vide. Pourquoi ?

SB : Je ne pense pas que c’était conscient, mais j’avais le désir que l’image soit forte et d’utiliser le moins de mots possible. C’est aussi une question d’efficacité, de clarté. Plus tu plonges dans les mots et les métaphores, plus il y a matière à interprétation aussi et, là, il y avait un désir d’efficacité. Dans tous les choix lexicaux, je voulais que ce soit une lecture facile. Le rapport à la poésie est difficile pour une majorité de lecteurs : juste le mot poésie, ça les rebute, ils pensent qu’ils n’ont pas les outils, pas les clés. Moi, je voulais m’assurer à ce que la lecture soit accessible pour tout le monde, et le sujet est déjà difficile. Le rendre le plus clair, le plus court possible et aller directement à l’image, je pense que ça facilite un peu. Si tu mets un sujet difficile et t’ajoutes par-dessus une couche de métaphores un peu complexes, c’est comme si tu tournais autour du pot au lieu d’aller directement dans le sujet. Allons-y pour vrai. Pour la plupart des gens qui ont lu le recueil, ils le lisent une fois et, après, ils y retournent. Ça permet d’explorer toute une vague d’émotion et, après ça, de revenir vers des émotions, qui, à ce moment-là de la vie, vont t’interpeller d’avantage. Si t’as jamais côtoyé la mort, je pense que tu fais une lecture différente de tout ça, mais t’es pas dans l’interprétation, l’image est claire.

Fémur : Comment les lecteurs ont-ils réagi à votre recueil ?

SB : J’ai fait une couple de salons du livre avec le recueil. Je n’essaie pas tant de vendre le recueil, lorsque je rencontre des gens, je me demande plutôt si on a une rencontre. Les gens, après une table ronde par exemple, automatiquement ils se mettent à me parler de leur propre deuil. Puis ça, je trouve ça vraiment intéressant. C’est comme si les gens avaient vraiment envie d’en parler, mais comme s’il n’y avait jamais l’espace pour parler de ça. C’est une conversation qui est difficile à avoir avec des proches. Si tu veux parler de ta mort éventuelle, les gens n’ont pas nécessairement envie d’en parler. Si tu les interpelles sur leur mort à eux, il y a une sorte d’indélicatesse. On dirait que les gens attendent une occasion d’en parler. Voir un tel recueil, ça rend ça possible. Après notre conversation, ils disaient : « on dirait que je vais enfin pouvoir mourir en paix ». Peut-être qu’on devrait en parler davantage et trouver des façons d’en parler. Peut-être que c’est ça aussi, on la montre beaucoup [la mort], mais est-ce qu’on en parle, est-ce qu’on en parle bien, est-ce qu’on se permet d’aller dans différentes gammes d’émotions ?

Fémur : Votre recueil génère des conversations, et cela rejoint cette idée de remettre la mort dans la vie puisqu’en partie, si on en parle peu, c’est qu’il manque d’espace pour pouvoir en parler. Avoir un recueil avec des poèmes courts permet sans doute d’ouvrir la conversation. Dans Quand tu mourras, les morts n’ont jamais de noms, les silhouettes dessinées sur la couverture et dans le recueil n’ont pas non plus de visages. Le choix du pronom « tu », qui est un pronom adressé, nous pousse pourtant à mettre des visages sur ces morts. Le contenu, la forme, l’illustration, tout semble permettre de créer un espace propice à lancer des conversations.

SB : La décision d’interpeller avec le « tu », choisir le « tu », il y avait là-dedans le désir d’interpeller le lecteur même s’il ne se sent pas directement concerné. Utiliser le futur plutôt que le conditionnel aussi. Des fois, on dit « si jamais je meurs », mais tu vas mourir. Il n’y a pas de si. C’est le « quand » qui compte, ça va arriver. Ce choix de silhouettes anonymes sans genre et sans âge, ça ouvre aussi à toutes les conversations sur la mort. C’était des choix. Souvent quand on se met à parler de la mort, on parle de celle des autres, des morts qui sont survenues, pas celles qui vont survenir. Donc là, tout a été mis en place pour que la conversation puisse se faire de différentes façons.

Fémur : Vous avez choisi de collaborer avec Catherine Landry qui a illustré votre recueil. Pouvez-vous nous parler du rapport entre texte et image ?

SB : Catherine, je la connais depuis quelques années. Elle fait beaucoup dans le street art, j’aime beaucoup ce qu’elle fait, et on a développé une amitié. Quand Hurlantes Éditrices a accepté le recueil, j’ai tout de suite demandé à Catherine si elle voulait faire l’illustration. Donc on a discuté un peu. On ne voulait pas quelque chose de sombre. Elle a lu le recueil et elle a compris que ce n’était pas toujours triste ou violent. On a aussi parlé du fait que je voulais que ce soit anonyme. Sa première proposition était la bonne proposition. C’était très rapide. Quand elle a fait sa proposition, on avait aussi ce désir d’envelopper totalement le recueil et pas seulement d’en faire la couverture. On va sûrement retravailler ensemble, ç’a été d’une simplicité vraiment très agréable. C’était aussi une occasion de discuter de la mort, c’est toujours intéressant d’en discuter avec des artistes. D’ailleurs, dans toute sa séquence de toiles suivante, elle a beaucoup utilisé de noir en fond de toile. Je ne sais pas si elle a remarqué le rapport.

Fémur : Le recueil permet donc non seulement de pouvoir parler de la mort, mais ces conversations se prolongent dans le travail de quelqu’un d’autre, ce qui va surement aussi susciter d’autres discussions. Votre œuvre permet donc bien, par le biais de ces conversations en chaîne, de réintégrer la mort à la vie, d’en faire un sujet qui permet de tisser des liens sociaux.

SB : Depuis cet automne, toutes mes conversations sont teintées par ça. Je vais voir des amis, on prend un verre, et nécessairement on parle de ça. Ça ouvre des conversations. Même avec des gens que je connais pas tant. Il y a même un écrivain, poète, qui m’a envoyé une lettre dans laquelle il parle de ses textes préférés dans le recueil et de ce que ça a provoqué chez lui. Il m’a envoyé ça par la poste, ce que j’ai trouvé très délicat. Ça amorce une conversation sur la mort et la façon de l’écrire, la réfléchir, la partager. J’ai répondu et je ne sais pas à quel point ça va nourrir son propre travail d’écrivain, mais ce sont des discussions enrichissantes. Il y a des portes qui s’ouvrent et il n’y a pas non plus tout le monde qui va les prendre. Il y la nécessité d’en parler mais, en même temps, de reporter ces conversations le plus loin possible.

Fémur : Si certaines morts s’avèrent bouleversantes, d’autres, au contraire, sont perçues comme une libération. On connait tous cet adage « on ne parle pas en mal des morts », qu’en pensez-vous ?

SB : La relation qu’on a avec la mort de ces gens-là, c’est aussi un peu la relation qu’on a avec leur vie, la relation qu’on a avec eux qui se prolonge dans la mort. Est-ce que notre relation doit changer ? Est-ce qu’on doit les vénérer ou [à] tout le moins tout pardonner à ces gens-là parce qu’ils meurent ? Est-ce qu’elles deviennent des bonnes personnes parce qu’elles sont mortes ? Non, c’est juste le prolongement de ce qu’elles étaient dans la vie. Pourquoi on se mettrait à dire du bien de quelqu’un qui n’en a jamais fait ? Probablement qu’on dit des morts ce que, nous-mêmes, on aurait envie d’entendre quand, nous, on va partir. Garder une image parfaite de ceux qui sont partis alors que ce n’était pas l’image d’eux quand ils étaient vivants.

Bibliographie

BOLDUC, Sonia, Quand tu mourras. Recueil de morts, Saint-Laurent, Québec, Hurlantes éditrices, 2023, (« Poésies »).

GORER, Geoffrey, Ni Pleurs, Ni Couronnes. Pornographie de La Mort, Paris, EPEL, 2004.

LE GUAY, Damien, « Représentation actuelle de la mort dans nos sociétés: les différents moyens de l’occulter », Études sur la mort, Vol. 134 / 2, Centre International des Etudes sur la Mort (CIEM), 2008, p. 115‑123.


  1. Geoffrey Gorer, Ni Pleurs, Ni Couronnes. Pornographie de La Mort, Paris, EPEL, 2004.↩︎

  2. Sonia Bolduc, Quand tu mourras. Recueil de morts, Saint-Laurent, Québec, Hurlantes éditrices, 2023, (« Poésies »), p. 55.↩︎

  3. Ibidem, p. 89.↩︎

  4. Ibidem, p. 15.↩︎

  5. Damien Le Guay, « Représentation actuelle de la mort dans nos sociétés: les différents moyens de l’occulter », Études sur la mort, Vol. 134 / 2, Centre International des Etudes sur la Mort (CIEM), 2008, p. 116.↩︎

Articles récents