Gaëlle Rabefihava, 2e cycle, Université de Montréal
Résumé : Dans le récit autobiographique Folie, aller simple de Gisèle Pineau, l’autrice met en lien ses deux professions d’infirmière et d’écrivaine pour raconter son expérience de soignante. Elle y produit une réflexion singulière sur les milieux de soin en santé mentale. En nous appuyant sur les éthiques du care, et en convoquant la notion de Tiers paysage, emprunté à Gilles Clément, ainsi que le concept d’hétérotopie de Michel Foucault, nous verrons que les représentations de l’hôpital psychiatrique peuvent s’apparenter à des espace frontière. Ceux-ci tendent à former un refuge permettant d’accueillir des vulnérabilités et de générer des réflexions éthiques pour imaginer des modèles de care.
Les éthiques du care prennent leur source dans un travail de recherche en psychologie morale effectué par Carol Gilligan1. Elles ont ensuite été pensées par des chercheuses de plusieurs disciplines, entre autres en philosophie morale et politique. Les théories du care ont permis d’aborder la dépendance et la vulnérabilité comme inhérentes à la condition humaine2 et de réfléchir sous cet angle aux relations intersubjectives, notamment (sans s’y restreindre) en contexte de soin. Dans le champ des études littéraires, une « littérature du care3 » propose des représentations sensibles à la vulnérabilité humaine, en faisant place à des voix habituellement peu écoutées. Elle met en lumière des « formes d’écriture et d’énonciation qui peuvent témoigner d’une caring attitude (à l’égard d’autrui ou de l’environnement) ou, au contraire, l’interroger, voire la problématiser pour susciter une réflexion critique4 ». Ainsi, convoquer les éthiques du care dans le domaine littéraire permet de comprendre comment la littérature peut générer un savoir pour les théories du care et comment ce savoir diffère de celui produit par les autres champs d’expertise.
C’est dans cette optique que j’ai choisi de prendre appui sur le récit autobiographique Folie, aller simple de Gisèle Pineau5. Dans ce récit, l’autrice raconte une journée de son quotidien en tant que soignante dans l’aile psychiatrique d’un hôpital parisien. Cette journée, qu’elle annonce « ordinaire » dans le sous-titre du livre, commence par un appel l’informant du suicide d’une des patientes de son service. La violence de l’évènement amènera Pineau à revenir sur les raisons qui l’ont poussée à embrasser cette carrière éprouvante. Celle qui a trente ans d’expérience se remémore alors la jeune Gisèle, guadeloupéenne, venue faire des études de Lettres en région parisienne pour arriver en école d’infirmière. Bien que la trame de l’histoire se situe dans un espace-temps clos, la narratrice nous amène, à la manière d’une conteuse, dans le récit de ses souvenirs. Invoquer son passé lui permet d’examiner son parcours et son travail de soignante, mais aussi son rapport à la folie6 et à l’institution censée l’héberger. En parallèle, elle interroge son travail d’écrivaine et la place que celui-ci occupe dans son rapport au monde. Je propose d’explorer comment, dans le récit de Pineau, les représentations de l’hôpital psychiatrique s’apparentent à des espaces frontières qui tendent à former un refuge permettant d’accueillir des vulnérabilités et de générer des réflexions éthiques pour imaginer des modèles de care.
Il faudra comprendre ce qui fait de l’hôpital psychiatrique un espace frontière, en convoquant la notion de Tiers paysage emprunté à Gilles Clément, ainsi que le concept d’hétérotopie de Michel Foucault. Dans l’écriture de ses expériences, l’autrice met en scène des personnages dont les identités et les comportements investissent des espaces frontières, mettant en relief l’interdépendance humaine théorisée par les éthiques du care. C’est le passage à la littérature qui permet à la voix de l’infirmière de se faire entendre.
Les limites de l’institution : Frontière, hétérotopie et Tiers paysage
Selon les philosophes Miguel Benasayag et Léo Coutellec, « l’idée de limite peut se comprendre selon trois conceptions : la limite comme seuil, la limite comme borne et enfin la limite comme frontière7 ». Le seuil fait référence à l’existence d’un « en deçà8 » et d’un « au-delà9 » de la limite. L’idée de seuil implique donc un dépassement possible, mais non dénué de conséquences souvent négatives10. Une borne peut être considérée comme une ligne qui délimite deux espaces : un intérieur et un extérieur11 ; et « la façon de la poser ou de la défendre dépend d’un ordre extérieur qui s’impose : ordre religieux, la borne prend alors la forme d’un interdit ; ordre moral, la borne prend alors la forme d’un impératif ; ordre naturel, la borne prend alors la forme d’un impossible12 ». Contrairement au seuil et à la borne, la frontière peut être considérée non comme la représentation d’une séparation, mais comme un espace en soi, commun, mouvant, toujours en (re)construction13. Il s’agira de montrer que ces catégories de limites amènent à imaginer l’hôpital psychiatrique décrit par Pineau comme un espace demandant la mobilisation de frontières ; c’est-à-dire un lieu plus proche d’« un espace relationnel entre un intérieur et un extérieur là où la borne est une réduction unilatérale de cet espace par la négation de ce qu’elle n’enclôt pas14 ».
Dans le cadre d’une éthique du soin, on pourrait dire que les limites sont conçues comme des bornes déterminées par un ordre moral : l’institution médicale. Celle-ci détermine un certain nombre d’impératifs nécessaires au bon fonctionnement des différentes vocations des établissements de soin. Comme de nombreuses institutions, l’hôpital psychiatrique est un lieu hiérarchisé, dans lequel les bornes délimitent la place des individus qui la composent ou qui en sont exclus. Dans Folie, aller simple, Gisèle Pineau met en relief la manière dont les bornes servent de repères. Celles-ci permettent de s’assurer qu’il est toujours possible de reconnaitre distinctement qui est malade et qui ne l’est pas. D’une part, les premiers doivent séjourner à l’intérieur du milieu hospitalier alors que les seconds restent à l’extérieur ; d’autre part, il y a celles et ceux qu’il faut soigner, et celles et ceux qui soignent. En effet, tout au long du récit, l’accent est mis sur ces bornes ainsi que sur le danger de les transgresser. Pour faire du bon travail, les infirmier·ère·s ne doivent jamais perdre de vue la distinction : « Eux : les soignés. Nous : Les soignants. » (p. 172) Les bornes sont ici visibles à même la structure syntaxique, segmentée par la ponctuation. Ainsi, la séparation rassure. Or, on observe que malgré cette tentative de maintenir les bornes, la réalité du terrain décrite par Pineau oblige à relativiser la séparation : les catégories tendent à y devenir plus arbitraires entre celles et ceux considéré·e·s comme folles et fous, et celles et ceux considéré·e·s sain·e·s d’esprit, entre la réalité et le délire. C’est ainsi qu’il est possible d’imaginer les limites au sein de l’hôpital psychiatrique davantage comme des frontières.
En effet, le travail de care qui incombe aux soignant·e·s de proximité appartient à la catégorie du « dirty work »15 : les tâches qu’elles effectuent les mettent en contact avec « des dimensions taboues de l’expérience humaine : l’impur, l’infect, la déviance16 » susceptibles de les « contaminer17 ». C’est le sentiment que décrit Pineau depuis les premières années de ses études d’infirmière, lorsqu’elle constate que « [p]lusieurs élèves infirmiers de [s]a promotion ont déjà fui sans se retourner, craignant d’être contaminés par le virus de la folie » (p. 15). Les autres, celles et ceux qui vont rester, comme elle, doivent sans cesse sauvegarder les bornes, tant physiquement que psychologiquement : « [j]e me répète que c’est un malade de l’hôpital psychiatrique, et que j’ai décidé de devenir infirmière. Je ne dois plus penser : homme et femme ; je dois penser : soignant soigné. C’est un être malade et je suis future infirmière » (p. 101). Pour ce faire, l’apprentie professionnelle acquiert des objets qui certifient à la fois son appartenance au monde hospitalier et sa différence avec les malades mentaux : « une blouse blanche immaculée » (p. 16), « un trousseau de clés remis avec cérémonie par la surveillante en chef » (p. 16), etc. Ceux-ci attestent qu’elle fait partie « de ceux qui entrent et sortent de l’hôpital en toute liberté [qui sont] du bon côté de la rive. Celui des sains d’esprit » (p. 16). On voit combien il existe une tension entre ce qui devrait être une limite évidente et la difficulté de (se) l’imposer. De la même manière, Pineau constate le flou qui préside dans la catégorisation des malades mentaux : « [q]uels sont les fous qu’on enferme ? Il y en a tellement dehors… Il y en a tellement cloitrés, seuls, dans leurs appartements… » (p. 53) Dans cette analyse, comme pour Benasayag et Coutellec, « [i]l ne s’agit pas de contester l’existence de limites mais de constater que ces limites sont “obliques”, épaisses, qu’elles ont une forme, une histoire, un contexte que l’on peut analyser, que l’on doit analyser18 ».
On peut alors rapprocher ces espaces frontières des hétérotopies conceptualisées par Michel Foucault et qu’il définit ainsi :
des lieux réels, des lieux effectifs, des lieux qui sont dessinés dans l’institution même de la société, et qui sont des sortes de contre-emplacements, sortes d’utopies effectivement réalisées dans lesquelles tous les autres emplacements réels que l’on peut trouver à l’intérieur de la culture sont à la fois représentés, contestés et inversés, des sortes de lieux qui sont hors de tous les lieux, bien que pourtant ils soient effectivement localisables19.
Parmi les hétérotopies, Foucault distingue l’hétérotopie « de déviation20 » : « celle dans laquelle on place les individus dont le comportement est déviant par rapport à la moyenne ou à la norme exigée21 ». Il y inclut lui-même les cliniques psychiatriques. Pénétrer dans les hétérotopies de déviation demande toujours des autorisations et des actions particulières. Pour certains, l’entrée est contrainte22. Le lieu décrit par Pineau répond bien aux caractéristiques de ces hétérotopies. Elle présente les infirmiers et infirmières comme des « détenteurs de clés. Ils ouvrent et ferment les portes. Ils veillent sur un territoire sans cesse menacé par des ennemis invisibles. Ils accueillent des humains qui perturbent l’ordre public et sont repoussés dans la marge » (p. 140).
Foucault suggère que « l’exemple le plus ancien de ces hétérotopies […] est le jardin23 ». Il rappelle que le jardin, en tant que création millénaire, a pu accueillir à travers le temps et dans différents endroits du globe des significations symboliques importantes. Bien que les jardins soient des espaces délimités, leurs aménagements ont pour fonction de représenter « la totalité du monde24 »25. Cet exemple permet de rapprocher les hétérotopies de ce que le paysagiste et ingénieur horticole Gilles Clément a appelé le « Tiers paysage26 ». Clément parle de Tiers paysage à propos d’espaces laissés en friche entre les terrains exploités par l’humain. Le Tiers paysage est en quelque sorte à la frontière entre les jardins, et constitue « un espace d’entre-deux, où s’exprime quelque chose d’autre », « un espace refuge pour une diversité menacée, chassée des espaces aménagés ou cultivés27 ». Dès lors, la conception du Tiers paysage de Gilles Clément permet d’éclairer la représentation de l’hôpital psychiatrique dans Folie, aller simple, en incitant à revaloriser les marges en considérant à la fois leurs besoins particuliers et ce qu’elles apportent à une compréhension plus vaste du monde. Le manifeste propose de penser notre relation à ces lieux à travers plusieurs caractéristiques qui peuvent se comprendre comme une forme de care de ces espaces écologiques. L’accent est mis sur une relation qui donne préséance à ces territoires-frontières. Celui-ci doit guider l’observation et l’intervention humaine plutôt que de se baser sur des prescriptions et des attentes de rendement28.
En ce qui concerne l’horizon de l’institution psychiatrique comme milieu de soin spécifique, Pineau signale le danger de penser son fonctionnement « comme un hôpital général qui soigne le corps et ses organes, et décide des sorties de façon standardisée29 » (p. 184). Elle rappelle que « sous la pression des technocrates, les médecins-chefs sont devenus des gestionnaires […] obsédés par les chiffres, les statistiques » (p. 184). De leur côté, les soignant·e·s visent à améliorer la vie des malades sans attente d’un « retour à l’état antérieur30 ». Là encore, un des points proposés dans le Manifeste permettrait d’imaginer la conception du soin autrement. Il s’agirait de « [v]aloriser la croissance et le développement biologique par opposition à la croissance et au développement économique31 ». L’autrice de Folie, aller simple se demande : « Est-ce que je soigne vraiment mes patients ? Oui, dans le sens où je m’en occupe avec une attention toute particulière. Non, si je prodigue ces soins en visant une guérison certaine… » (p. 150) Elle oblige ici à redéfinir les buts de l’institution psychiatrique et le travail des soignant·e·s. L’éthique du care « articule la vertu morale et l’activité : intelligence des situations particulières, réponse adéquate et adaptation au contexte32 ». C’est cette prise en compte fondamentale de la singularité de chaque situation qui demande une latitude dans les limites imposées par l’institution. Pineau donne à voir le rapport au temps spécifique au care en psychiatrie à travers les descriptions de moments quotidiens, comme les douches et les repas. Elle utilise aussi la construction du récit, ponctué de retours en arrière, et joue avec les genres en fonction des besoins (autobiographie, essai, poésie, roman). Elle rappelle également que la société continue de véhiculer une représentation du fou ou de la folle à la fois dégradante pour les patient·e·s, et en même temps angoissante et hostile pour celles et ceux qui se considèrent normaux et normales. Au-delà de son mandat médical, l’hôpital psychiatrique continue d’« accueill[ir] des humains qui perturbent l’ordre public et sont repoussés dans les marges » (p. 140). Voir cet espace comme un Tiers paysage serait d’abord prendre conscience de la nécessité d’en faire un refuge permettant des relations de care adéquates. Et comme « [o]n ne saurait réduire le care à des relations entre individus, mettant alors de côté la question des institutions de soin et des responsabilités collectives33 », on peut penser que, tout comme le Tiers paysage, l’hôpital psychiatrique « relève également d’une perception, d’une relation d’un certain type au vivant, [mais aussi] à l’espace et aux institutions qui prennent en charge l’aménagement34 ».
Les frontières : un espace pour penser l’indétermination du care
Dans les théories du care, le care lui-même recouvre « un éventail important de modalités relationnelles une condition essentielle pour répondre aux différentes vulnérabilités de la personne35 ». Il faut s’adapter au besoin réel dans chaque situation plutôt qu’à des formules standardisées. Lorsque le care se pratique au sein d’institutions — et en particulier là où les patient·e·s font des séjours de longue durée —, les pourvoyeur·euse·s de soin doivent sans cesse trouver un équilibre entre « [d]’un côté, […] des gestes échappant éventuellement à toute mesure, [et] de l’autre, des actions obéissant à des règles formelles36 ». Parmi ces dernières, il existe notamment une tension entre proximités (physique, affective…) et le maintien d’une distance professionnelle. Dans la visée d’une éthique du care, la sollicitude est une part essentielle du rapport de soin :
[l]e geste de sollicitude tel que nous cherchons à le dessiner prend ainsi sens à partir d’un « régime de familiarité ». L’être familier — le proche — est celui dont on connaît le rapport au monde, ou aux situations, dans ce qu’il a de singulier et, par-là, dont on saisit les déconvenues ou les attentes qui lui sont propres. Moi seul peux lire les signes infimes de gêne de mon amie dans telle situation publique, et éventuellement savoir si, à ce moment, je dois ou non lui mettre la main sur l’épaule. Sans une réelle familiarité, on est vite décontenancé face à la souffrance d’autrui, et l’on risque de prodiguer des gestes maladroits de réconfort37.
Gisèle Pineau l’a ressenti à travers les années :
Souvent, les infirmiers et infirmières des services de psychiatrie se défendent de s’attacher aux patients, comme si c’était une faute professionnelle. […] Parfois, au bout du compte, une certaine forme de familiarité s’installe dès lors que chacun sait qu’il n’y a plus d’enjeux, que l’un et l’autre ont joué la partie de leur mieux… […] Après tout, cela fait trente ans que vous cohabitez… (p. 161-163)
On a vu qu’elle mettait en lumière l’idée qu’une guérison ne pouvait pas être l’ambition de l’hôpital psychiatrique. Les patient·e·s ayant des problèmes de santé mentale chroniques ne sont pas tous aptes à répondre aux exigences de rétablissement qui amèneraient à retrouver une autonomie, exigences qui relèvent normalement de la responsabilité du care giver. Il s’agit alors de doser cette familiarité à l’intérieur de règles parfois strictes. Il en va de même dans la conception du Tiers paysage dont l’« ambiguïté, entre espace concret, assise de la diversité, et une forme de relation à cet espace […] favoriserait, via une attitude délibérée d’abandon, une plus forte capacité d’accueil aux interventions du vivant38 ». À l’hôpital psychiatrique, « la sollicitude ou la bienveillance se tiennent aux frontières de l’institution39 ». Ces frontières sont donc les lieux où une certaine indétermination des règles peut exister. Ces espaces où les règles sont momentanément renégociées — abandonnées — permettent aux soignant·e·s de proximité de donner les meilleurs soins, selon leur jugement professionnel de la situation, jouant avec les règles, dans un « continuum sur lequel se positionnent les gestes qui le réalisent : la sollicitude et la responsabilité40 ».
Décrivant son travail d’infirmière, Gisèle Pineau admet qu’« [elle] n’[a] jamais été d’une rigidité implacable, à cheval sur le règlement comme une mère fouettarde » (p. 112). Une des analogies qui semble nourrir l’imaginaire de sa pratique est celle du théâtre. Pour Foucault, « l’hétérotopie a le pouvoir de juxtaposer en un seul lieu réel plusieurs espaces, plusieurs emplacements qui sont en eux-mêmes incompatibles. C’est ainsi que le théâtre fait succéder sur le rectangle de la scène toute une série de lieux qui sont étrangers les uns aux autres41 ». C’est en revêtant divers costumes que l’infirmière peut se positionner face aux patient·e·s dans les différentes situations auxquelles elle est exposée. Certaines postures, apparaissant lorsque les travailleur·euse·s sont débordé·e·s, peuvent amener à désindividualiser le soin. Pineau raconte par exemple que « quand l’usure gagne, on est tenté de penser que la plupart des personnes hospitalisées sont des figurants plantés dans un décor de théâtre où règnent quelques “gros cas d’école” » (p. 72). Pour le bien-être des care givers, elle raconte qu’il faut « [g]ronder parfois, hausser le ton comme au théâtre, froncer les sourcils et jouer à l’infirmière sévère pour rétablir la paix » (p. 59). Mais elle souligne aussi combien la suspension de ce jeu peut permettre, dans d’autres situations, un care efficace. Une autre scène dans laquelle elle met en jeu sa propre vulnérabilité peut alors se dérouler. Elle décrit un moment de pause pendant lequel soignant·e·s et patient·e·s se retrouvent ensemble autour d’une table dans la cour de l’unité. Ce jardin attenant où « [l]a lavande est en fleur et embaume » (p. 135) est en lui-même un espace frontière entre le lieu d’internement et l’extérieur. La sortie est vécue comme « [u]ne sorte d’entracte » (p. 135) : « [d]ans ce moratoire, il n’y a pas d’enjeux, pas de spectacle, pas de prise de pouvoir, pas de démonstration » (p. 135). Dans ce passage, l’infirmière se permet d’enlever le masque et de parler de manière plus authentique aux malades, « comme une personne ordinaire » (p. 136). Les rôles s’effacent un peu pour laisser place à des relations plus humaines. Pineau montre alors que c’est dans la frontière entre le privé et le professionnel que des relations en mouvement peuvent permettre d’inventer des manières de adaptées de prendre soin. Mais elle montre aussi que cette latitude n’est pas acquise d’avance et qu’il s’agit toujours d’un jeu d’équilibriste. La capacité de transgresser les règles de l’institution vient avec l’expérience. Au début de sa formation, elle prenait appui sur « les vieux infirmiers, les vieilles infirmières » (p.12). Trente ans plus tard, c’est sa jeune collègue Noémie qui a besoin d’« obtenir son assentiment » (p. 112) pour contourner les règles. On voit ici se dessiner l’interdépendance théorisée par les études du care42 au sein de l’équipe de soin. C’est dans cette attention mutuelle que les professionnel·le·s acquièrent la faculté d’évaluer des situations qui leur permettent d’agir.
Les habitants des frontières
L’interdépendance est au cœur des études sur les éthiques du care. La psychologue Pascale Molinier rappelle qu’« il n’est pas possible de prendre en considération la vulnérabilité d’autrui sans mobiliser sa propre sensibilité, donc sans prendre le risque d’être déstabilisé par les manifestations tordues de sa propre subjectivité43 ». Or, cette vulnérabilité est souvent considérée comme ce qui nuit à la qualité d’un rapport de soin. Gisèle Pineau raconte que pendant les premiers temps de sa formation, les étudiant·e·s apprenaient que, pour être de bon·nes professionnel·les, il fallait paraître « équilibrés, insérés socialement, ne présentant aucun trouble apparent ». Elle ajoute : « S’il y a des fêlures ou même des failles, non, il n’y paraît pas. On se doit de faire bonne figure. » (p. 16) La formulation de la phrase laisse pourtant planer l’ambiguïté. Une ambiguïté que l’écrivaine soutient à travers tout son texte. Une phrase récurrente ponctue le texte : « On n’arrive jamais à l’hôpital psychiatrique par hasard… » (p. 11, l’autrice souligne) Elle développe : « On désigne une personne ou un groupe de personnes indéterminées, quelqu’un, des gens… […] On peut être celui qui soigne et celui qui est soigné… Le malade aussi bien que le soignant. Nul ne sait qui sera le prochain on… » (p. 13, l’autrice souligne) Pineau nous invite à nous interroger sur les limites prédéterminées, rappelant le flou qui existe entre le fou et le sain d’esprit, entre la personne soignante et celle qui a besoin de soin. C’est encore une fois en se plaçant au niveau d’une frontière entre ces catégories qu’il est possible de concevoir un espace de soin.
Pour l’infirmière qui travaille en proximité avec les malades mentaux, « [l]e plus troublant, c’est de comprendre soudain qu’on n’est soi-même pas à l’abri de la folie » (p. 15). Molinier fait de cette prise de conscience un impératif pour promouvoir un bon care, ainsi que la cause des difficultés de communication avec les décisionnaires :
[l]e savoir infirmier est difficilement formulable dans la sphère publique, car ce savoir sur notre intimité ne dévoile pas seulement que la norme est la vulnérabilité, mais que ces êtres vulnérables que nous sommes sont de surcroît tordus, que c’est de ces personnes tordues dont il s’agit de prendre soin, ceux qui en prennent soin n’étant pas moins tordus44.
C’est aussi l’avis du « très très vieil infirmier » (p. 202) que Gisèle Pineau rencontre à l’hôpital psychiatrique de la Guadeloupe :
selon lui — la folie des hommes était tout à fait naturelle. On ne sait comment la plupart des êtres humains parviennent à s’accommoder tant bien que mal de la brutalité de la vie terrestre, mais un grand nombre échoue dans de multiples tentatives. […] Ce monde est tellement invivable qu’ils renoncent et basculent dans un autre univers qui est celui de la folie, pour se sauver… […] [Q]uand on soigne les fous, c’est nous-mêmes qu’on soigne, qu’on aide, qu’on réconforte. Tous ces grands malades sont des reflets de nous-mêmes dans le miroir. (p. 202-204)
Dans la frontière que constitue le milieu de soin, la limite entre soignant·e·s et soigné·e·s laisse la place à des réalités moins bornées. Ceci est rendu possible par la révélation de la part vulnérable — folle, tordue — de chacun·e·s, mais aussi par la possibilité des mêmes personnes de devenir celui ou celle qui prend soin. On voit par exemple apparaître une entraide entre des malades qui, en dehors de l’institution, évoluent dans des sphères souvent étanches. L’écrivaine explique que « [d]ans cette microsociété de la marge, les patients font alliance et prêtent allégeance. Ils bâtissent des complicités, des sortes de fraternités hospitalières » (p. 60). Elle poursuit :
Ici, les barrières sociales s’effondrent face à la maladie. Le clochard discute sans tabou avec le professeur d’université. Le procureur de la République s’entretient d’égal à égal avec la caissière du supermarché. Le pharmacien des quartiers chics prend note des conseils d’une jeune toxicomane sur une demande de levée de HO. (p. 61)
Le récit nous montre également que ce n’est parfois qu’entre patient·e·s qu’un care efficace est envisageable. Elle raconte par exemple comment Tony, patiente en ambulatoire45 , peut aider une autre patiente, Jeannette : « Elle supplie Tony d’aller du côté du BHV ce soir même. Il demande à Jeannette de lui décrire sa mère. Il explique qu’il sera fatigué parce que c’est le jour de sa piqûre mensuelle, mais il n’est pas du genre à laisser tomber une personne qui se trouve dans le besoin » (p. 130). L’intervention de Tony réussit à calmer l’angoisse de Jeannette que le personnel essayait de raisonner depuis le matin. Plus tard, Gisèle se retrouve seule avec Tony et constate qu’elle était en parfaite maîtrise de la situation :
Je considère Tony d’un air suspicieux. « Vous n’avez pas l’intention d’aller au BHV par hasard ? » Tony plaque ses deux mains sur les côtés et secoue la tête en levant les yeux au ciel. […] Infirmière, je ne veux pas vous manquer de respect… Mais je crois bien que vous me prenez pour un gogol ou quoi ! Je gobe pas n’importe quoi. Je sais bien que la pauvre mère de Jeannette est morte et enterrée depuis longtemps. Tout le monde sait que Jeannette gnognotte du ciboulot. […] Elle est pas méchante vous savez. Et ça lui fait plaisir que les gens entrent dans son délire… (p. 146)
Et parfois, les rôles sont inversés. Par exemple, les personnes internées depuis de nombreuses années n’ont d’autre choix que d’invertir ces frontières refuges qui sont les seules à encore les accueillir. Dans son récit, Pineau parle avec reconnaissance d’un patient qu’elle a côtoyé pendant sa formation, qui la prend sous son aile et qui semble même avoir contribué à ce qu’elle persévère dans ce métier exténuant :
Je manque de tomber avec le sac à pain. Clovis lâche le chariot pour me porter secours. […] La neige se met à tomber. Clovis ramasse le sac à pain et me tend la main. […]
Je pleurniche à moitié.
« Je sais pas quoi faire. Le café et le lait… Tout est perdu… Je vais avoir des problèmes… »
Lui reste flegmatique.
« Ben on retourne à la cuisine centrale. Ça arrive tous les jours ce genre d’accident de la circulation… Ils sont habitués là-haut… »
Clovis m’aide à me lever. (p. 117)
À travers ces récits, Folie, aller simple semble montrer que ce n’est qu’en considérant les différentes modalités de relations humaines qu’il sera possible, pour l’institution de soin, d’investir les modèles de care déjà existants, même si non légitimés, puisque transgressifs. On pourrait aussi imaginer que la place sera faite pour en créer de nouveaux.
Le care dans l’écriture des frontières46
Dans son étude sur le care dans les milieux de travail, Pascale Molinier affirme que les stratégies utilisées par les soignant·e·s de proximité pour transmettre leurs expériences sont indispensables à la bonne réalisation de leur travail de care. Le partage de ces « récits pathétiques47 » est nécessaire pour supporter leurs conditions de travail tout en gardant contact avec leur propre vulnérabilité. Avec des récits considérés plus objectifs, « [i]l n’y aurait ni transmission, ni délibération, ni construction d’une éthique et d’une sensibilité communes48 ». Cependant, ces récits prennent la forme d’une « narrativité perplexe49 » qui ne rentre pas dans les codes attendus par les gestionnaires :
Ces récits participent à transmettre et à réitérer une culture de métier qui est un art de vivre avec la défaite. […] Mais l’autodérision qui rend formulables les expériences du care au sein du collectif des pairs contribue aussi à les rendre irrecevables en dehors de leur cercle restreint (en dehors de la reconnaissance des pairs). […] Les récits qui constituent la mise en intrigue de l’expérience du care sont ainsi perçus dans le registre de la « tranche de vie » comme anecdotiques ou « pas sérieux », et, paradoxalement, ils peuvent même être perçus comme irrespectueux envers les malades50.
Gisèle Pineau exprime, elle aussi, l’importance fondamentale de l’humour pour surmonter les évènements qui, sinon, seraient intolérables. Elle montre même comment, plutôt que de rire des malades, l’infirmière rit avec elles et eux :
En ce jour, c’est un rire de circonstance, comme il y a des larmes de circonstance parce qu’on est tous embarqués dans le même nef des fous, qu’on se ressemble tous, parce qu’on est tous fragiles comme de la porcelaine ou de coquillages, tous si vulnérables, tous plus ou moins brisés de l’intérieur. Et parce qu’il faut bien rire pour repousser la terreur. (p. 100)
Pineau ne se désolidarise pas des malades. Elle-même considère que « [s]i [elle] n’avai[t] pas eu l’écriture, [elle] aurai[t] pu [elle]-même être atteinte d’une “affection psychiatrique” » (p. 151). L’écriture, est cet espace à la frontière entre le réel et la fiction qui lui permet une forme de selfcare en canalisant ce qu’elle considère comme sa propre folie. Elle se demande si, pour elle, « écrire est une manière élégante et transversale de délirer » (p. 153). Par ailleurs, c’est le contact quotidien avec la folie qui lui permet de ne pas y être soumise : « ce métier d’infirmière équilibre ma vie, me permet de ne pas m’échapper dans un monde virtuel, de garder le contact avec le réel… » (p.151), dit-elle. Alors que l’image du fou ou de la folle de nos jours est encore celle, effrayante, véhiculée dans les fictions (p. 190-191), Pineau considère, dès le début de son travail, l’hôpital psychiatrique comme sécurisant socialement : « [n]on, je n’ai aucune envie de retourner dans le monde angoissant des étudiants de Nanterre qui regardent l’avenir comme un point d’interrogation pendu à l’horizon. J’ai trouvé une tanière chaude où m’abriter et je veux bien la partager avec des fous » (p. 94-95), conclut-elle. On remarque que, dans ce refuge, Pineau ne fait cohabiter que les malades et soignant·e·s de proximité. Elle explique qu’« [elle] travaille dans une équipe constituée de deux infirmières et trois aides-soignantes » (p. 174). S’il est question, dans le déroulement de sa journée, mais aussi dans ses souvenirs, de ses interactions avec les patient·e·s, il n’est que très rarement question des autres acteur·rice·s du système : « les médecins sont loin derrière et les directeurs inaccessibles » (p. 193). On comprend alors la déconnexion qui peut se produire entre celles et ceux qui vivent les évènements et celles et ceux à qui ils sont rapportés. La manière de formuler ces rapports aura un impact direct sur la compréhension de la situation et donc sur les prises de décision. Les évènements, parfois traumatiques, vécus dans les milieux de soin ne mobilisent pas les mêmes affects selon qu’on les raconte de manière subjective, comme partie prenante de la diégèse, ou à la manière formelle des comptes-rendus médicaux qui feront loi auprès de l’institution. En racontant consécutivement le récit d’un suicide dans les deux formes, Pineau montre qu’il est parfois délicat de se prononcer sur le discours véhiculant la plus grande violence :
À sept heures trente, un infirmier, Marc, a fait une nouvelle ronde pour la toilette et la distribution des médicaments avant le petit déjeuner. Il a frappé à la porte de la chambre. Il est resté sur le seuil. Il a appelé plusieurs fois : « Monsieur B. ! Monsieur B. ! Faut se lever maintenant… » Marc s’est approché du lit. Il s’est penché. Il a d’abord tapoté l’épaule de Monsieur B. Est-ce qu’il a senti tout de suite la rigidité du corps ? Il s’est mis à le secouer. Il a tenté de le retourner et c’est à ce moment qu’il a vu les plaquettes vides de Tranxène. Cinq plaquettes coincées sous le bras de Monsieur B. Ce jour-là, sur le cahier de rapport, la surveillante a écrit :
À sept heures trente, avons constaté le DC de Monsieur B. suite à une TS par IMV. (p. 103)
À travers ces deux formes, on réalise que différents langages cohabitent. De l’histoire vécue en première ligne, une traduction s’impose pour figurer dans le dossier qui circulera auprès des autres membres du personnel (intervenant·e·s ou gestionnaires), avec tout ce que ces actes de traduction, là encore, transportent de violence. Molinier parle d’une « polyglossie51 » dont il est nécessaire de tenir compte pour comprendre la mise à l’écart des discours des soignant·e·s. Et si cette parole n’est pas prise au sérieux, c’est avant tout parce que leur position subalterne et de travailleur·euse·s peu qualifié·e·s leur octroie une « moindre légitimité dans le champ discursif52 ». Conformément au langage utilisé dans sa profession d’infirmière et dans le but de mettre le lectorat en contact avec la réalité du terrain, elle livre un récit incarné, subjectif, à la première personne. Mais c’est bien la forme littéraire et le statut d’écrivaine de Pineau qui permettent à son discours de circuler. On peut alors penser qu’en racontant son quotidien à l’hôpital dans un livre publié, Gisèle Pineau fait du discours littéraire le tiers lieu dans lequel peut se former une « nouvelle forme sémantique53 » pour faire circuler ces expériences de care.
L’analyse de l’œuvre de Pineau à l’aune des frontières comprises comme Tiers paysages a permis de souligner l’apport théorique aux éthiques du care et à la pratique du soin que le statut particulier des hôpitaux psychiatriques permet(trait) de déployer. Mais pour qu’une réflexion soit possible, il est nécessaire d’entendre la voix des pourvoyeur·euse·s de care. Grâce à la littérature, Gisèle Pineau fait résonner la sienne.
Pour Alexis Pernet, qui signe la préface au Manifeste du Tiers paysage, la particularité de Clément est d’avoir donné à l’approche naturaliste du jardinage une représentation « selon une conceptualisation liée à une poétique visuelle et textuelle54 ». Le Manifeste du Tiers paysage est éminemment politique. Il s’agirait maintenant de considérer les lieux de soin comme des milieux porteurs de possibilités politiques à contre-courant du discours dominant. Gilles Clément propose de « [c]onférer au Tiers paysage le rôle matriciel d’un paysage global en devenir55 ». En se mettant à l’écoute des enjeux spécifiques que traversent les patient·e·s en santé mentale, et en prenant en compte le mandat particulier de leurs soignant·e·s, qui doivent renouveler sans cesse leurs manières de concevoir le travail de care, sans visée purement curative, l’hôpital psychiatrique pourrait-il, à son tour, jouer un rôle matriciel dans une éthique du care en devenir ?
Bibliographie
Médiagraphie
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Carol Gilligan, Une voix différente : la morale a-t-elle un sexe ?, Paris, Flammarion, coll. « Champs », 2019. Il s’agit de la dernière publication dans sa traduction française.↩︎
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Joan Tronto, Un monde vulnérable : pour une politique du care, Paris, La dévouverte, coll. « Textes à l’appui / Philosophie pratique », 2009. Il s’agit de la dernière publication dans sa traduction française.↩︎
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Andrea Oberhuber et Alexandre Gefen, « Souci d’autrui, soin, écriture », Acta fabula, septembre 2022, en ligne, <https://www.fabula.org:443/colloques/document8305.php>, consulté le 13 mars 2026.↩︎
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Ibid.↩︎
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Gisèle Pineau, Folie, aller simple : journée ordinaire d’une infirmière, Paris, Philippe Rey, coll. « Fugues », 2014. Désormais, les références à cet ouvrage seront placées entre parenthèses à même le texte.↩︎
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Les termes « folie » et ceux s’y rapportant (« folle », « fou », etc.) seront ici utilisés à dessein dans leur ambiguïté, sans guillemet, conformément à l’utilisation qu’en fait l’autrice dans son livre (présent dès le titre), et dans une acception foucaldienne. Ceci permet de mettre en lumière l’idée d’une construction historique et culturelle de la folie. Cette conception est nécessaire pour interroger les mécanismes de stigmatisation de la maladie mentale, ainsi que pour penser ses limites et sa porosité avec la raison, qui font, entre autres, l’objet de cet article. Voir aussi Michel Foucault, Histoire de la folie à l’âge classique, Paris, Gallimard, coll. « Tel », 2014, [1961].↩︎
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Miguel Benasayag et Léo Coutellec, « Nos limites ne sont pas les leurs : De la nécessité d’une approche critique de la notion de limite », Écologie & Politique, Vol. 57, nᵒ 2, Éditions Le Bord de l’eau, décembre 2018, en ligne, <https://shs.cairn.info/revue-ecologie-et-politique-2018-2-page-117>, consulté le 13 mars 2026, p. 121.↩︎
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Ibid., p. 123.↩︎
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Ibid.↩︎
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Ibid.↩︎
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Ibid., p. 125.↩︎
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Ibid., p. 124.↩︎
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Ibid., p. 127‑128.↩︎
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Ibid., p. 125.↩︎
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Pascale Molinier, « Le care à l’épreuve du travail : Vulnérabilités croisées et savoir-faire discrets », dans Patricia Paperman et Sandra Laugier (dir.), Le souci des autres : Éthique et politique du care, Paris, Éditions de l’École des hautes études en sciences sociales, coll. « Raisons pratiques », 2011, en ligne, <https://books.openedition.org/editionsehess/11722>, consulté le 13 mars 2026, p. 340.↩︎
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Ibid.↩︎
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Ibid.↩︎
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Miguel Benasayag et Léo Coutellec, « Nos limites ne sont pas les leurs », loc. cit., p. 128.↩︎
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Michel Foucault, « “Des espaces autres” », Empan, Vol. 54, nᵒ 2, 2004, en ligne, <https://shs.cairn.info/revue-empan-2004-2-page-12>, consulté le 13 mars 2026, p. 15.↩︎
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Ibid.↩︎
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Ibid., p. 16.↩︎
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Ibid., p. 18.↩︎
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Ibid., p. 17. L’auteur souligne.↩︎
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Ibid.↩︎
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Pour une étude approfondie sur les jardins comme hétérotopies et sur les liens avec la notion de « jardin planétaire » de Gilles Clément, voir Hervé Brunon et Monique Mosser, « L’enclos comme parcelle et totalité du monde : pour une approche holistique de l’art des jardins », Ligeia, Vol. 1, nᵒ 73-76, Éditions Ligeia, 2007, en ligne, <https://shs.cairn.info/revue-ligeia-2007-1-page-59>, consulté le 16 mars 2026.↩︎
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Gilles Clément, Manifeste du Tiers paysage, Éditions du commun, Rennes, 2020.↩︎
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Ibid., p. 11.↩︎
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Ibid., p. 66‑67.↩︎
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On pourrait bien sûr critiquer cette façon de concevoir le soin somatique également.↩︎
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Cynthia Fleury, Le soin est un humanisme, Paris, Gallimard, coll. « Tracts », 2019, p. 29. Fleury cite Canguilhem dans un article de 1978 : « Apprendre à guérir, c’est apprendre à connaître la contradiction entre l’espoir d’un jour et l’échec, à la fin. Sans dire non à l’espoir d’un jour. ».↩︎
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Gilles Clement, Manifeste du Tiers paysage, op. cit., p. 67.↩︎
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Agata Zielinski, « L’éthique du care : Une nouvelle façon de prendre soin », Études, Vol. 413, nᵒ 12, S.E.R., novembre 2010, en ligne, <https://shs.cairn.info/revue-etudes-2010-12-page-631>, consulté le 13 mars 2026, p. 633.↩︎
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Fabienne Brugère, L’éthique du « care », Paris, Que sais-je ?, 2025, p. 89.↩︎
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Gilles Clément, Manifeste du Tiers paysage, op. cit., p. 11.↩︎
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Luca Pattaroni, « Le care est-il institutionnalisable ? : Quand la “politique du care” émousse son éthique », dans Patricia Paperman et Sandra Laugier (dir.), Le souci des autres : Éthique et politique du care, Paris, Éditions de l’École des hautes études en sciences sociales, coll. « Raisons pratiques », 2011, en ligne, <https://books.openedition.org/editionsehess/11683>, consulté le 13 mars 2026, p. 214.↩︎
-
Ibid., p. 212.↩︎
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Ibid., p. 219.↩︎
-
Gilles Clément, Manifeste du Tiers paysage, op. cit., p. 12.↩︎
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Luca Pattaroni, « Le care est-il institutionnalisable ? », loc. cit., p. 220.↩︎
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Ibid., p. 212.↩︎
-
Michel Foucault, « “Des espaces autres” », loc. cit., p. 17.↩︎
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Marie Garrau et Alice Le Goff, Care, justice et dépendance. Introduction aux théories du care, Paris, Presses Universitaires de France, 2010.↩︎
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Pascale Molinier, « Le care à l’épreuve du travail », loc. cit., p. 347.↩︎
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Ibid., p. 346.↩︎
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Tony, dans le livre, se présente explicitement comme une femme. Du point de vue de la narratrice, la différence entre son sexe biologique et son identité de genre fait partie de sa pathologie, et c’est pour cela qu’elle parle de Tony au masculin. J’ai fait le choix d’accorder mon texte avec le pronom revendiqué par le personnage.↩︎
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Un travail aboutissant à un balado diffusé sur Spotify approfondit certaines idées abordées dans cette partie. Voir Julia Hubaut et Gaëlle Rabefihava, La littérature du care comme lieu de résistance pour les voix marginalisées dans Folie, aller simple, Montréal, 2026.↩︎
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Pascale Molinier, « Le care à l’épreuve du travail », loc. cit., p. 351.↩︎
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Ibid., p. 350.↩︎
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Pascale Molinier. Travail et éthique du care, Espace Éthique, 2016.↩︎
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Pascale Molinier, « Le care à l’épreuve du travail », loc. cit., p. 352.↩︎
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Pascale Molinier. Travail et éthique du care, op. cit.↩︎
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Ibid.↩︎
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Ibid.↩︎
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Gilles Clement, Manifeste du Tiers paysage, op. cit., p. 9.↩︎
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Ibid., p. 67.↩︎
Gaëlle Rabefihava est étudiante à la maîtrise en littératures de langue française à l’Université de Montréal. Elle s’intéresse aux liens entre littérature et philosophie. Dans son mémoire, effectué sous la direction d’Andrea Oberhuber, elle étudie l’œuvre d’Hélène Bessette à la lumière des éthiques du care et de la phénoménologie féministe. En parallèle de ses recherches, elle participe à des projets de recherche-création, notamment autour de la littérature et du soin, menés par Catherine Mavrikakis.

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