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Défendre son corps et son honneur dans trois œuvres de Georges de Peyrebrune. Une lecture ethnocritique

Louise Chaufourier, 3e cycle, Université de Lorraine

Résumé : Dans Les Femmes qui tombent (1882), Gatienne (1882) et Victoire la Rouge (1883) Georges de Peyrebrune représente des personnages de femmes déshonorées. À travers la représentation des dysfonctionnements du système familial et juridique censé les protéger, l’écrivaine questionne son efficacité et sa pertinence. Entre droit naturel et droit positif, elle interroge les formes de réhabilitation de l’honneur féminin et esquisse la nécessité d’une réforme institutionnelle.


Dans La vie de Famille au XIXe siècle, Michelle Perrot souligne que : « La famille n’est pas seulement un patrimoine. Elle est aussi un capital symbolique d’honneur. Tout ce qui entame sa réputation, qui entache son nom la menace. […] Malheur, pourtant, à celui par qui le scandale arrive1 ! » C’est au regard de cette fonction d’honneur que véhicule la famille dans la culture française du XIXe siècle, telle une contrainte sur ses membres, que l’écrivaine Georges de Peyrebrune effectue dans ses œuvres une « peinture de la féminité douloureuse2 », en mettant en scène des personnages féminins qui font face au « scandale ». Particulièrement dans trois récits, Les Femmes qui tombent (1882), Gatienne (1882) et Victoire la Rouge (1883), l’autrice représente des femmes déshonorées qui sont confrontées à des destins malheureux3. Le roman Les Femmes qui tombent débute par un viol qui engage une dynamique de vengeance. Dans Gatienne, une jeune fille ignorante est déflorée sans être mariée. Alors qu’elle parvient à épouser un autre homme sans lui révéler ce qu’elle a subi, elle doit se venger en tuant son « séducteur » qui revient vers elle et exige qu’elle « redevienne » sa maîtresse. Enfin, dans Victoire la Rouge, une jeune femme orpheline est séduite à trois reprises. Elle vit alors trois grossesses hors mariage qui marquent socialement la « faute ». Dans ces trois récits, Georges de Peyrebrune représente des héroïnes qui subissent les conséquences sociales, psychologiques et symboliques de leur déshonneur. L’écrivaine dépeint alors la manière dont les figures familiales qui entourent celles-ci échouent à les protéger et elle critique les défaillances des dispositions juridiques qui encadrent la préservation de l’honneur féminin. Tandis qu’au XIXe siècle, le Code pénal a légiféré au sujet des « attentats aux mœurs » et que le viol a été redéfini en 1857 dans l’arrêt Dubas, où les notions de contrainte et de surprise4 ont été ajoutées, la question de l’honneur féminin lié à la pureté sexuelle reste primordiale dans l’organisation sociale. Si les enjeux relatifs au consentement dans la littérature de la seconde moitié du XIXe siècle ont notamment été étudiés par Lucie Nizard5, tandis que les « viols naturalistes » ont été analysés par Chantal Pierre6 et Marie Scarpa7, il s’agira ici d’examiner la manière dont l’écrivaine interroge la notion d’honneur féminin sous le prisme de ses relations aux institutions familiales et juridiques. Une lecture ethnocritique, mêlant poétique et anthropologie du symbolique, nous permettra de comprendre comment ces questions s’inscrivent dans la culture française du XIXe siècle.

Ces trois récits présentent des parcours de femmes déshonorées. Par la représentation des dysfonctionnements des institutions familiales et juridiques, Georges de Peyrebrune interroge la pertinence du système de protection des femmes. Du droit positif au droit privé, l’autrice questionne les manières de réhabiliter l’honneur féminin et prône une réforme institutionnelle.

De l’absence de consentement aux « récits des malheurs8 » féminins

 

Des histoires de « mauvaises rencontres9 »

Les trois œuvres de ce corpus questionnent les destins douloureux des héroïnes qui découlent de « mauvaises rencontres10 » donnant lieu à des relations sexuelles non consenties. Dans Victoire la Rouge, la protagoniste est d’abord enfermée dans une grange par Périco, puis cède en étant « rejet[ée] brutalement par terre11 » ; elle explique qu’elle n’a « pas pu12 » se défendre. Ensuite, avec Jules Pauliac (surnommé le dragon), elle explicite son refus de consentir : « Elle ne voulait pas, non… ». Étant particulièrement avinée, elle se sent « étourdie, la cervelle détraquée13 », et voit que « [l]a table tournait, et tout autour d’elle remuait, lui échappant des mains14 ». C’est donc « malgré sa volonté peut-être15 », qu’elle se livre. Dans son édition, Sophie Ménard a souligné l’ambivalence de ce « peut-être » au regard des modifications apportées entre la première édition, publiée en 1883 chez Plon-Nourrit, et la dernière, publiée en 1898 chez Alphonse Lemerre. En effet, elle explique que dans l’édition de 1883 :

[…] la virgule est placée avant l’adverbe « peut-être » (et non après comme dans l’édition de 1898), ce qui change subtilement le sens de la phrase : « Mais sa sensualité de bête échauffée la faisait se livrer, malgré sa volonté, peut-être avec le grognement heureux d’un appétit robuste enfin satisfait »16.

Par ailleurs, cet adverbe entretient une équivoque du consentement féminin, dans une situation où elle est prise « brutalement » et enfermée dans une grange. Il pourrait également s’inscrire dans une poétique du « jeu amoureux17 » qui, comme l’a montré Lucie Nizard, introduit une porosité entre « description du désir féminin et représentation de ce qui nous apparaît aujourd’hui comme un refus de consentement18 ». Mais, lorsque l’écrivaine exprime les sentiments de Victoire au moment où elle s’aperçoit de sa grossesse, elle écrit que la jeune fille « lui avait bien dit qu’elle ne voulait pas. Maintenant, tout le malheur était pour elle19 », soulignant ainsi son refus précédent. Enfin, avec le Sauvage, Victoire cède en échange de nourriture et d’un toit. Il la contraint alors par la menace, en lui disant : « [m]ais si tu aimes mieux aller coucher avec les loups, bonsoir, vois, la porte est ouverte, file…20 ». Si ces scènes n’ont majoritairement pas été perçues par la critique contemporaine de l’époque comme des épisodes de contrainte, certains, à l’image de Jules Lemaitre, estimant qu’elle « se livre, sans trop savoir, à un charretier21 », il apparaît que Victoire, enfermée dans la grange pour le premier, avinée pour le second, et cédant sous contrainte morale pour le troisième, n’est jamais en mesure de consentir librement.

Dans Gatienne, l’absence de consentement apparait clairement. En effet, lorsque Robert embrasse Gatienne, elle lui dit : « Non, pas comme cela22 », puis c’est « engourdie, éperdue d’effroi, [qu’] elle s’abandonna23 ». La notion d’« abandon » peut être confondue avec une forme de consentement, en référence au topos de « l’abandon voluptueux24 » décrit par Lucie Nizard. Elle explique que ce topos était associé dans la littérature du second XIXe siècle à une forme de consentement féminin : « Le verbe privilégié pour décrire le moment où la femme cesse sa résistance physique et verbale est “s’abandonner”. Ce terme, dont la récurrence le désémantise partiellement, est réservé au désir féminin […]25 » On pourrait alors percevoir « la convocation d’un topos qui fait du désir féminin un anéantissement des forces, de la volonté et de la conscience. Le désir devient lorsqu’il est féminin un état vague qui ne connaît pas sa raison ni son objet26 ». Pourtant, ici, désir et consentement féminins ne peuvent être rapprochés, puisque les idées d’engourdissement et d’effroi semblent aller à l’encontre de ce présupposé du consentement féminin. Dans le Grand dictionnaire universel du XIXe siècle, l’effroi signifie en effet une « grande frayeur » et par extension un « [f]léau, personne ou chose qui est sujet de frayeur27 », tandis que l’engourdissement fait référence au fait de subir « une sorte de paralysie et d’insensibilité incomplète et passagère » et au sens figuré d’être « [i]nerte, assoupi, en parlant des sentiments, des facultés de l’âme, de l’activité morale28 ». Il semble alors que frayeur et inertie peuvent être confondues avec consentement de la jeune fille aux yeux du lecteur du XIXe siècle. Lucie Nizard a par ailleurs expliqué que les textes « décrivent la jouissance comme un moyen de faire céder toutes les résistances des personnages féminins, a posteriori » soit de façon rétroactive, lui faisant réaliser qu’il a « toujours désiré cet acte auquel il a pourtant farouchement résisté29 ». Ici, Gatienne n’éprouve pourtant aucun désir à la suite de la scène, puisque « les sens de cette fille dormaient comme son cœur30 ». De plus, l’hypothèse de l’absence de consentement est soulignée par le mari de Gatienne lorsque Robert tente de lui avouer qu’il a déshonoré sa femme. Il lui lance ainsi : « vous l’aviez peut être prise sans son consentement31 ». Robert répond « [q]uand cela serait, devait-elle refuser la réparation que je lui offrais […] » mais admet auparavant avoir « brusqu[é] un peu les choses32 ». Par ailleurs, Gatienne ne souhaite plus revoir Robert après l’acte, et elle garde « de cette journée du 29 juin un effroi, une confusion, un dégoût d’elle et de lui33 ». Lorsqu’elle le revoit, elle lui dit « [v]ous me faites horreur », et quand il couvre « sa robe de baisers fous », elle « se déba[t] si rudement qu’il [est] obligé de la laisser34 ». En outre, la position de Robert, séducteur plus âgé d’une jeune fille ignorante, renforce la violence de l’acte. Gatienne est en effet décrite « dans toute l’ignorance de son éducation très chaste35 », montrant aussi la dissymétrie du rapport de force.

Dans Les Femmes qui tombent, l’agression est explicite. En effet, lorsque Yvonne voit son mari après l’acte, elle résume ainsi les faits : « Il m’a violée36 ». Puis, au cours du roman, Edwards D est qualifié d’homme qui « viole les femmes37 » L’acte nommé est décrit dans toute sa violence. En effet, lorsque l’agresseur tente de l’embrasser, « elle fit un cri, se jetant en arrière38 », puis lui demande de la « [l]aisse[r]39 ». Edwards D use ensuite de sa force pour la contraindre à l’acte. C’est lorsqu’« elle voulut se lever [qu’]il était à genoux et la retenait enfoncée demi renversée dans le fauteuil large 40 ». L’action est donc commise avec pression, puisqu’elle « lutt[e]41 ». Le champ sémantique de la force caractérise en effet la scène, puisqu’elle tente de se défendre  : « elle eut un gémissement étouffé, se tordant, essayant d’enfoncer ses ongles dans la chair des mains qui s’emparaient d’elle42 », « se défendant des poings43 ». C’est finalement quand elle « s’évanouit44 », qu’il pense qu’elle « s’abandonn[e]45 » et que le viol est commis. L’homme choisit alors de voir dans la cessation de résistance physique d’Yvonne une occasion d’assouvir son désir. Les conséquences physiques et psychologiques du viol sont ensuite directement décrites lorsque Yvonne a des « plaques rouges sur les joues46 », et que « la honte, la douleur, la haine mont[ent] de son cœur à son cerveau47 ». Dans ce roman, la mise en récit du viol est donc caractérisée.

Par ailleurs, dans Victoire la Rouge, les trois scènes « ont lieu dans des espaces de marge et d’ensauvagement où les hommes se transforment48 » comme le souligne Sophie Ménard. Dans Gatienne, la jeune fille est prise dans la chambre de Robert, un lieu où il fait « noir » où « les volets [sont] clos, les rideaux tirés49 », et où elle étouffe à cause de l’odeur des fleurs qui ont été amenées par Robert. Dans Les Femmes qui tombent, le viol est commis dans l’antichambre où « on étouffe50 », pièce qui est décrite comme un « cabinet sombre51 ». Les lieux sont alors toujours sombres, clos et étouffants, pour montrer l’impossibilité du personnage féminin de parvenir à fuir la contrainte de l’acte. Ils symbolisent leur enfermement, puisque les personnages sont piégés par leur « séducteur ».

Ainsi, si la narration témoigne d’une absence de consentement, le cadre spatial reflète également cette négation. Selon l’arrêt Dubas, ces scènes relèveraient juridiquement de la définition de viol, puisque les femmes sont contraintes par la force (Yvonne et Victoire avec Périco), par une pression morale (Victoire avec le Sauvage) ou par la surprise (Gatienne avec Robert). Pourtant, les mentalités du XIXe siècle ne les considéraient pas nécessairement comme des scènes que l’on qualifierait aujourd’hui de violences sexuelles. Lucie Nizard note d’ailleurs que « [s]i la cour de cassation décrète que le viol ne résulte point que de la force, mais également de “tout autre moyen de contrainte”, la littérature accuse un retard qui est celui de la majorité des contemporains, ne voyant un viol que si la victime s’est débattue avec force52 ». Au-delà de la question de leur qualification dans les représentations du XIXe siècle, ce sont surtout les conséquences que ces épisodes de « déshonneur » produisent dans les trajectoires des héroïnes qui retiendront ici notre attention.

Les récits des destins contrariés

Les trois romans de ce corpus dépeignent donc des parcours de femmes qui font face, suivant l’hypothèse de Scarpa, à des « mésalliances » au sens anthropologique de circulation défaillante des femmes dans un groupe social53 :

La formation d’une « femme » est constituée d’une somme de savoirs et de « façonnages » explicites (dans lesquels la mère joue souvent un rôle essentiel) et d’autres plus implicites, moins formalisés, assurés de façon plus diffuse, une « invisible initiation », à condition d’entendre dans cette notion le processus de socialisation de l’individu en termes d’apprentissage des différences de sexes, d’états et de statuts54.

Dans les romans de notre corpus, ce processus d’apprentissage n’est pas effectué par les personnages féminins. En effet, l’un des « malheurs » des héroïnes passe par une éducation problématique qui les conduit à méconnaître les attentes sur la préservation de la virginité féminine et les dangers de la séduction effectuée hors mariage. Pour la coutume55, Marie Scarpa a montré que les femmes violées sont souvent celles qui n’ont pas été protégées par un homme, et seraient alors « prédisposées56 » culturellement à être déshonorées. Georges de Peyrebrune dépeint donc un défaut masculin, et par extension, un usage malheureux des corps féminins de celles qui n’ont pas été « suffisamment “moulées” par la Coutume, par défaut dans la filiation, par défaut dans l’éducation au devenir femme, par défaut dans la protection (masculine en particulier)57 ». C’est par exemple le cas de Gatienne qui a été élevée par une « vieille fille » n’ayant donc pas « bien58 » pu circuler. Peyrebrune écrit à propos du rôle joué par Mademoiselle Prieur dans l’éducation de Gatienne que « [t]out un côté de sa mission maternelle lui apparaissait soudain avec la conscience de son incapacité. […] Et la vieille fille s’indignait naïvement de ne posséder qu’une science incomplète59 ». D’ailleurs, Mademoiselle Prieur a conscience des conséquences d’un échec dans la transmission des savoirs féminins qui conduisent les filles à devenir femmes, puisqu’elle sait que « la laisser ignorante, c’est la laisser désarmée en face de la séduction, avec son tempérament pour complice60 ». Ainsi, l’éducation de Gatienne arrive trop tard et lui permet de prendre conscience a posteriori de la « faute » avec Robert : « De cette heure seulement, elle comprenait son malheur et le crime de Robert61 ». Parce que celle qui aurait pu jouer le rôle d’une figure maternelle ne l’a pas bien endossé, Gatienne subit une initiation défaillante. La trajectoire des femmes dans ce roman correspond à un enchaînement des destins, celui de la vieille fille qui conduit aussi une mauvaise éducation de Gatienne :

Qu’est-ce qu’un destin ? C’est d’abord, comme pour la coutume, avoir un passé, mais dans l’histoire familiale et non plus marqué dans le sol, sur la terre. Le destin est de sang, il s’hérite […]. C’est […] une faute vis-à-vis de l’amour qui par un enchaînement fatal revient62.

Cette idée d’enchaînement des malheurs de femmes est aussi représentée dans Victoire la Rouge. En effet, Victoire est une orpheline qualifiée de sotte, élevée à l’hospice, qui n’a reçu aucune éducation puisqu’elle « n’avait pu apprendre à lire, ni ajuster deux points réguliers l’un près de l’autre sur les chemises que l’on confectionnait au couvent pour la clientèle et le commerce63 ». Or, au XIXe siècle, l’apprentissage des techniques couturières fait partie de l’éducation des jeunes filles, comme le rappelle Marie Scarpa64. Ainsi, le fait qu’un tiers n’ait pas appris à Victoire à coudre symbolise son défaut d’éducation et de filiation, ce qui la condamne à vivre dans le malheur. Elle n’apprend alors pas à connaître les mauvais séducteurs, et n’est pas élevée selon les codes de préservation de la virginité du XIXe siècle, si impératifs que l’on en croirait presque que « [l]’idéal serait donc que les filles soient mères sans cesser d’être vierges65 ». Or, Victoire ne connaît pas l’importance sociale de la virginité, puisqu’elle n’a pas été éduquée. D’ailleurs, pour sa première grossesse, elle dit à la Jameau qu’elle ne « savai[t] pas66 ». Ainsi, d’un point de vue anthropologique, on peut dire que Victoire et Gatienne sont des jeunes filles qui ont un « trajet initiatique interrompu67 », ici au sens d’une défloration qui n’a pas été effectuée dans le cadre du mariage. Si ce n’est pas le cas d’Yvonne, elle subit néanmoins, comme nous le verrons, un défaut de protection de son mari, et son viol la condamne également à un parcours malheureux. Ces « ratés » dans la circulation des femmes sont liés à la notion d’honneur féminin, questionné dans ses relations aux institutions familiales et juridiques.

Défendre son corps et son honneur féminins

« Son ventre maudit portait le déshonneur »

La représentation des conséquences des atteintes à l’intégrité physique des héroïnes au cœur de notre corpus interroge celle de l’honneur. Anthropologiquement, cette valeur, « idéal moral en même qu’une conduite, un rang social68 », qui « varie non seulement d’une culture à une autre, mais selon le sexe et l’âge69 », est un « déterminant puissant dans les systèmes d’alliance des pays de la Méditerranée70 ». Julian Pitt-Rivers a expliqué que « [c]’est le prix auquel [une personne] s’estime, l’orgueil auquel elle prétend, en même temps que la confirmation de cette revendication par la reconnaissance sociale de son excellence et de son droit à la fierté71. » L’anthropologue a également montré comment l’honneur diffère selon les sexes. En effet, alors que la femme doit « préserver sa pureté », l’homme doit « défendre son honneur et celui de sa famille72 », selon une correspondance avec « la distribution des rôles dans la famille nucléaire73 ». Dans la culture française du XIXe siècle, cette notion d’honneur renvoyait notamment à la « [g]loire, [l’]estime, [la] considération qu’on accorde à la vertu, au courage, aux talents […] » et à un « [s]entiment de la dignité personnelle et désir de l’estime d’autrui qui nous portent aux actions nobles et loyales74 ». Le dictionnaire Littré note également que l’honneur signifie en « parlant d’une femme, la chasteté75 ». Dans les textes de jurisprudence, il apparaît que cette valeur différenciée d’un sexe à l’autre est déterminante et justifie l’autorité du mari sur sa femme, puisque que l’honneur féminin se répercute sur lui. Comme le souligne l’historien Georges Vigarello, « “[l]’honneur des familles” est toujours cité, privilégié par ce texte de jurisprudence, même si sa référence a déserté les textes de loi, l’appartenance aux tuteurs masquant en partie le préjudice fait au sujet. L’autorité sur la femme demeure incontournablement rappelée76 ». Dans cette optique d’autorité du mari sur son épouse, le Code civil inscrit le fait que « [l]e mari doit protection à sa femme, la femme obéissance à son mari77 ». Ce devoir de défense de l’honneur féminin par l’homme est directement posé par Yvonne dans Les Femmes qui tombent au moment où elle apprend à son mari qu’elle a été violée :

— Il m’a violée !
Le petit homme eut un clignotement vif des paupières. Il la regardait et ne comprenait pas. Alors, d’une main, elle lui rabattit le point qui tenait la cuiller en l’air, et, lui broyant le poignet dans ses doigts, elle répéta, les dents serrées :
— Entendez-vous, il m’a violée !
— Est-ce possible ! balbutia Le Boterf devenu blême.
Elle ajouta nettement :
— Il faut le tuer.
Le petit homme s’effondra sur sa chaise, demi-mort d’épouvante ; il bégayait :
— Comment ?…
— Avec cela, dit-elle.
[…] Elle tira de son corsage en lambeaux un paquet de papiers froissés, d’enveloppes parcheminées et scellées de sceaux larges, de lettres ouvertes, et jeta cela devant elle, comme elle eût fait d’un poignard, le geste violent.
Le Boterf s’était penché et regardait, silencieux, ses yeux ronds, fixes et terrifiés. Bientôt un tremblement agita sa nuque. Il souleva la tête, envisagea sa femme avec une sorte d’effroi dans le regard et balbutia, la voix basse :
— Oh ! Oh !… mais c’est terrible, cela… C’est son honneur que tu lui as volé !
Elle se renversa ouvrant les bras, dévoilant sa poitrine, et s’écria dans un sanglot :
— Eh bien, et moi !78

Après son viol, le personnage d’Yvonne demande une réparation à Le Boterf qu’il refuse de lui donner. Il rejette alors le secours dont il a le devoir envers sa femme. D’ailleurs, il semble percevoir de manière moins négative l’acte du violeur que la volonté de vengeance de sa femme. À cet égard, la polysémie de l’adverbe « comment », permet de comprendre la différence d’attitude entre le mari et sa femme. Alors qu’Yvonne perçoit ce « comment ? » comme un adverbe interrogatif de manière et y répond par les moyens employés pour tuer son agresseur, Le Boterf utilise cet adverbe pour faire répéter à son épouse ce qu’il croit avoir mal entendu, dans l’expression d’une incompréhension devant la volonté de vengeance de sa femme. Ainsi, il ne semble pas apte à comprendre le souhait de réparation de sa femme. Pourtant, l’accomplissement des représailles par Yvonne découle du refus de protection de son époux. En effet, si Le Boterf avait rempli son devoir de protection envers sa femme, elle n’aurait pas eu à se venger seule. C’est ce qu’elle lui reproche lorsqu’elle fait révéler dans les journaux étrangers les correspondances secrètes, dans lesquelles figurent « de ces choses qui, dévoilées, font de l’homme à qui on les avait confiées un traître à son pays, un espion, un lâche79 », de son agresseur Edwards D : « il est trop tard pour t’indigner. Le soir où je suis rentrée… déshonorée, il fallait te lever, m’arracher des mains ces papiers dont je m’étais emparée dans ma fureur de vengeance, et t’en aller tuer cet homme80 ». Un manquement de protection antérieur au viol, qui a créé les conditions dans lesquelles celui-ci a eu lieu, est également critiqué. Le terme de « lâcheté » est utilisé par Yvonne (« Tu es resté là, dans tes pantoufles, le menton dans ton assiette, lâche !81 »), soulignant que le mari est en partie responsable de la mauvaise rencontre de sa femme puisqu’il lui demande d’aller au domicile d’Edwards D à sa place pour ses propres affaires. Dans un élan de rage, elle lui lance : « Il fallait être un homme et non un mannequin, un poltron, un abruti. Il ne fallait pas me faire courir les antichambres pour ton service, me jeter dans la rue pour te frayer le chemin […]82 ». Ainsi, selon les codes d’honneur de l’époque, dans le cas d’Yvonne qui est mariée, Le Boterf aurait dû la protéger, ce qui ne l’aurait pas obligée à se venger. Mais dans les cas de Victoire et de Gatienne qui ne sont pas encore mariées lorsqu’elles sont déshonorées, dans le contexte du culte de la virginité, de l’importance de « l’immaculée conception » et du « développement du culte marial83 », le scandale de la « faute » était plutôt placé de leur côté.

Michelle Perrot résume cette situation ainsi : « En somme, c’est par les femmes que le déshonneur arrive, elles qui se situent toujours du côté de la honte84 ». En plaçant le « scandale » du côté des femmes violées, qui avaient « failli » dans leur vertu, les codes d’honneur de l’époque les incitent à accepter un mariage avec l’homme responsable de l’acte pour éviter le déshonneur public. C’est ce qui est suggéré dans Gatienne, lorsque Robert la demande en mariage après l’acte. D’ailleurs, selon le Littré, l’honneur désigne également le « mariage légitime85 ». De plus, la « honte » de Gatienne peut entacher l’honneur de celui qu’elle épouse s’il n’est pas celui qui l’a déshonorée. En effet, « […] l’honneur veut qu’on épouse une vierge, sous peine d’être cocu rétroactivement86 ». C’est ce qu’expliquent Robert et Fabrice, lors d’une conversation avec Gatienne au sujet de Matta, leur bonne :

Robert continua :
— La femme appartient à son premier possesseur.
— C’est mon avis, conclut Fabrice. À moins de n’appartenir jamais à personne, légitimement j’entends ; car le mariage, même sans amour, ne va point sans cette sorte de jalousie rétrospective qui fait aux femmes une obligation et un devoir d’apporter leur virginité à l’hymen.
— Que répondez-vous, madame ? demanda Robert souriant à Gatienne, devenue très pâle.
Elle murmura, répondant plutôt à sa pensée :
— Séduire une enfant est une lâcheté.
— Pas toujours, dit Fabrice ; mais enfin, puisque le mal est fait, faut-il bien le réparer.
Robert reprit :
— Cela vaut mieux que d’exposer un honnête homme à épouser un jour, sans le savoir, la honte de ce passé !87 

Ainsi, pour respecter les codes d’honneur de l’époque, Gatienne aurait dû accepter un mariage avec Robert et ne pas se marier avec Fabrice. La valeur d’honneur féminin rejaillit alors particulièrement sur son mari qui serait également frappé d’opprobre par le scandale du déshonneur de Gatienne puisqu’elle se marie avec lui alors qu’elle n’est plus vierge. Aussi, cette valeur morale et sociale est primordiale dans la représentation des conséquences des relations sexuelles — hors mariage — des héroïnes. Plus particulièrement, alors que les héroïnes ne consentent pas à l’acte, elles en subissent pourtant toutes les conséquences. En effet, s’il valait mieux épouser l’homme qui les avait séduites, dans le cas d’une relation non consentie, il apparaît impossible de se marier avec leur séducteur. Pourtant, elles doivent tout de même estimer leur situation selon les codes d’honneur en vigueur. Cette idée est nettement visible dans Gatienne, puisque la jeune fille ne souhaite plus parler à Robert après avoir appris par sa grand-mère la portée sociale de son « déshonneur ». Seule Victoire ne comprend pas les implications de sa « faute ». En effet, elle n’éprouve pas « le sentiment d’une honte réelle pour une faute dans laquelle elle ne comprenait pas bien quelle était sa part de responsabilité88 ». Pour autant, ce sont bien les codes de l’honneur qui régissent le désaveu public de sa conduite et entravent sa réputation, puisque sa grossesse « la jetait à la honte, la livrait aux injures, la chassait hors des foyers honnêtes où son ventre maudit portait le déshonneur89 ». Par ailleurs, Victoire n’est pas protégée par les Jameau qui la chassent, tandis que son séducteur, Périco, est déjà marié. La situation de Matta, la bonne de Gatienne et Fabrice, offre, en ce sens, un contrepoint intéressant : alors qu’elle a été séduite et menacée d’être abandonnée, ses maîtres parviennent à exiger auprès du séducteur un mariage grâce à une dot. Ainsi, les trois héroïnes sont confrontées aux normes imposées par les codes d’honneur qui les conduisent à agir pour préserver le « rôle qui est le leur à l’intérieur de l’organisation sociale90 ». C’est notamment à travers la représentation de cette volonté de défense de ce qui leur a été retiré, que l’écrivaine questionne le recours au droit et à la vengeance.

Honneur et Justice : entre droit naturel et droit positif

À travers la représentation de l’honneur féminin, Georges de Peyrebrune pose la question du rôle de la justice pour le défendre. Laurent Ferron a par exemple souligné qu’en l’absence de témoins, il était extrêmement rare de condamner un agresseur, et que la victime restait publiquement déshonorée91. Ainsi, aucun des romans ne dépeint une procédure judiciaire en lien avec les scènes de déshonneur, ou même une plainte des protagonistes. C’est d’ailleurs ce qui avait été reproché à Georges de Peyrebrune par J. Aléthof dans la chronique « Le Code pénal et le roman » parue dans La République Française le 14 décembre 1883. En effet, en 1883, lorsque la recherche de la paternité était au centre de la controverse politique, deux propositions de loi avaient été faites concernant l’article 340 du Code civil92 qui interdisait la recherche de la paternité. Dans ce débat, J. Aléthof critiquait l’impact des romanciers dans le débat public, en accusant notamment l’invraisemblance de Victoire la Rouge, roman dans lequel l’héroïne n’avait qu’à porter plainte parce que « l’affreux Code n’offrait à cet individu aucun moyen d’échapper au châtiment93 ». Pourtant, dans les trois œuvres, si les victimes ne portent pas plainte, c’est parce qu’un « tel aveu aurait pour effet de [les] déshonorer publiquement94 ». D’ailleurs, le paradoxe de la difficulté à confier son déshonneur à la justice a été souligné par Julian Pitt-Rivers : « Se présenter devant la loi pour obtenir réparation, c’est confesser publiquement l’outrage, faire montre de sa vulnérabilité et ainsi compromettre l’honneur bien au-delà de ce que la “satisfaction” d’une compensation légalement délivrée par une autorité séculière a le pouvoir de racheter95. »

En deçà du risque de publier encore davantage leur déshonneur, si certaines héroïnes ne s’adressent pas aux tribunaux, c’est aussi en raison de leur ignorance. Victoire et Gatienne, qui sont encore des jeunes femmes, ne peuvent même pas penser véritablement la « faute » des agresseurs, puisqu’elles ne connaissent pas les lois. C’est ce que souligne Sophie Ménard à propos de Victoire : « En choisissant, pour personnage principal, une fille “idiote”, pour reprendre un terme du XIXe siècle, l’écrivaine accentue l’innocence, au double sens, de la victime96. » La critique des dispositions juridiques apparaît tout de même dans Gatienne, puisque la jeune femme ne comprend pas la « loi que l’homme a faite » qui la pousse à porter « le stigmate d’un crime qui n’est pas le sien, et [dont] elle doit […] faire l’aveu sous peine d’indignité.97 » Concernant Yvonne, le manque de protection de son mari reflète le caractère dérisoire du fait de donner un statut de mineure pour les femmes98 qui doivent alors « obéissance à leur mari ». Le manque de Le Boterf à son devoir de protection, lequel est pourtant inscrit dans le Code civil, laisse sa femme sans aucun recours pour obtenir une réparation du mal qui a été fait. En outre, la critique des dispositions juridiques qui s’étoffe dans Gatienne, Les Femmes qui tombent et Victoire la Rouge, trouve un écho dans ses œuvres ultérieures.

Dans « Une Séduction », nouvelle écrite pour La Revue des deux mondes en 1884, un an seulement après la publication de Victoire la Rouge et les débats portant sur le Code pénal, Georges de Peyrebrune représente un père qui découvre que son fils a séduit une fille et l’a abandonnée. Il critique alors les dispositions juridiques qui encadrent la séduction des jeunes filles, et incite son fils à agir en prenant en compte une potentielle évolution des lois  :

Eh bien, j’ai toujours pensé que le Code n’était pas la plus haute expression de la justice humaine. Il est révisable, donc il est imparfait. Depuis quelques temps on attaque nos lois dans ce qu’elles ont d’injuste et d’incomplet vis-à-vis de la femme : on invoque des droits, on réclame des protections ; on discute les uns et les autres. Bientôt de ces discussions, sortira une loi nouvelle. Tenez pour certain qu’elle se rapprochera sensiblement de cet idéal de justice qui est au cœur des hommes et des peuples. Cependant elle n’est pas inscrite encore sur les tables de notre législation. Et c’est parce que la justice, toujours tardive, n’a pas encore formulé ces décrets dont la pensée surgit cependant au fond de toutes les consciences honnêtes, que vous invoquerez vous, cette formalité non remplie pour venir dire, tenant en main notre code vieilli : « Voyez, je ne dois rien ! »99. 

À travers la voix du personnage du père, Georges de Peyrebrune propose une critique de l’imperfection des lois. Elle met en valeur l’idée selon laquelle la notion d’honneur féminin répondrait à un droit naturel, contre le droit positif, imparfait, qui est amené à changer. Or la loi tarde à évoluer et Peyrebrune poursuit sa remise en cause des défaillances du système de protection des femmes.

En 1892, dans Le Roman d’un bas-bleu, Georges de Peyrebrune dénonce le fait que les femmes soient « violées » si elles ne sont pas protégées par une figure masculine :

Depuis la servante jusqu’à l’artiste, depuis l’ouvrière des fabriques jusqu’au bas-bleu, la femme qui travaille seule, non défendue par un mâle, légitime ou non, sera violée, avec ou sans son consentement, mais elle le sera ou elle crèvera de misère. Et cela, dans le plein épanouissement de notre société démocratisée, bénisseuse et morale, et inventrice des pullulantes bonnes œuvres100.

Enfin, dans Une Séparation (1913), en présentant le personnage de Madeleine comme la « proie légale d’un misérable101 », elle critique la disposition de la loi selon laquelle la femme mariée demeure sous la tutelle de son époux, même lorsqu’il n’est pas à la hauteur de ses devoirs. 

Vers la vengeance comme tentative de réparation

Cette défaillance du système judiciaire et familial de protection des femmes est au cœur des premiers romans peyrebruniens. En raison du caractère inadéquat des institutions qui n’encadrent pas suffisamment la protection des femmes, la vengeance féminine semble être le seul moyen de réparation. Dans son article « Le Code pénal dans le roman », l’écrivaine défend ainsi une conception de la revanche en cas de défaillance juridique. Elle explique alors : « comme il faut, après tout, que justice se fasse, haute ou basse, la fille-mère tue l’honneur qui l’a perdue et qui l’abandonne, et elle fait bien102 ». Elle résume cette justice privée de cette manière : « C’est ainsi qu’on forme les mœurs, en attendant que les mœurs imposent les lois103. » La vengeance féminine est alors un moyen de réparation du déshonneur subi par les victimes, sans passer par les institutions qui ne les protègent plus. En d’autres termes, en l’absence de lois qui condamnent en pratique les agresseurs, le meurtre semble être l’ultime moyen de défense de l’honneur féminin. Ménard a d’ailleurs indiqué que « plusieurs cas similaires de meurtre ou de tentative de meurtre ont lieu dans les mois qui précèdent la publication de Victoire la Rouge104 ». Sans protection juridique et familiale, certaines femmes se vengeaient en tuant leur agresseur, en particulier lorsqu’il les avait abandonnées enceintes. Ainsi, Gatienne tue Robert qui continuait à la poursuivre pour obtenir ses faveurs. De la même manière, Yvonne souhaite tuer Edwards D. Mais sa mort est d’abord sociale : elle révèle publiquement ses lettres, ce qui le pousse au suicide. Dans les cas de Gatienne et d’Yvonne, la mort de l’agresseur est donc une forme de riposte face à l’impuissance des figures de protection. Il permet aussi une réparation symbolique, même si les victimes restent consumées par la violence de l’acte. Quant à Victoire, elle ne tue aucun des hommes qui l’ont mise enceinte, mais commet involontairement un infanticide pour sa deuxième grossesse. Elle éprouve en effet une « haine pour cet enfant qui lui causait tant de malheurs et de souffrance105 », et éprouve une « joie d’en être débarrassée106 ». Si l’on ne peut pas parler de vengeance concernant Victoire, puisque le personnage est caractérisé par son innocence, l’infanticide semble être une conséquence de son déshonneur. En effet, en imaginant que le personnage ne serait pas sorti « du circuit de l’alliance107 », elle n’aurait probablement pas commis cet acte contre son enfant. C’est aussi pour cette raison que Victoire souhaite retrouver le dragon, espérant qu’il lui apporte secours et qu’elle ne soit pas abandonnée avec son enfant. Même avec le Sauvage, elle espère finalement un mariage qui la rendrait plus honorable socialement. Lorsqu’elle apprend qu’il va se marier, elle ressent d’ailleurs le « désespoir de se voir arracher, tout à coup tout son bien-être matériel, l’amour de son maître, son espoir d’avenir, pour retomber dans la fuite, la misère, dans la honte de son crime et de la prison qu’elle avait subie, et de la surveillance infamante dont elle demeurait frappée108 », montrant bien que la peur de la « honte » qu’elle peut subir prime sur une potentielle idée de vengeance. D’ailleurs, c’est au moment où, enceinte, Victoire est reprise par « la peur de l’homme109 » et celle de « crever de coups110 », qu’elle prend la décision de se suicider. Pour autant, dans le cas de Victoire, lorsqu’elle se suicide, elle obtient une forme de vengeance sur le Sauvage, qui comprend que « [s]i la Victoire s’était jetée à l’eau, dans son chagrin, on ne manquerait pas de dire que c’était lui qui l’avait noyée pour s’en débarrasser parce qu’elle était grosse. Et alors l’autre affaire se réveillerait, et il savait bien que sa tête ne resterait pas longtemps sur ses épaules111 ». Ainsi, Victoire obtient une forme de vengeance par son suicide, puisque qu’« étendue, pâle, morte, [elle] ria[it] au ciel dans le bonheur de son repos sans fin112 ».

Si le malheur féminin est voué à la répétition, le suicide des protagonistes semble en effet être une manière de défendre leur honneur. Cette logique évoque la figure romaine de Lucrèce qui, après avoir été violée par Sextus, se suicide en « exhort[ant] son mari à la vengeance113 ». Comme l’explique Enrica Zanin, cette automutilation a été interprétée par certains et notamment Bardello, à travers son « effet politique114 », dans une volonté de faire justice. Elle analyse que « [l]e viol devient le signe symbolique du dysfonctionnement politique et le cri de ralliement de la lutte pour la justice115 ». Ainsi, les récits de Georges de Peyrebrune, dans lesquels les protagonistes féminins finissent par se suicider, semblent réactualiser la figure de Lucrèce. Face au manque de protection des femmes, cet acte reste la voie de défense des corps d’Yvonne, de Victoire et de Gatienne. De plus, la mort semble être une forme de réappropriation du destin des héroïnes et de geste politique. Dans sa préface aux Femmes qui tombent, Peyrebrune soutient « contre la dépravation à laquelle les désirs de l’homme la condamnent116 », « la mort » comme « le plus sûr refuge de la femme117 ». L’héroïne de ce roman reprend ce discours. Pour répondre au manque de liberté et au défaut de protection des femmes lorsqu’elles sont déshonorées, Yvonne promeut le suicide comme un acte susceptible de mettre en lumière les défaillances des institutions :

Elle y avait longtemps songé ; mais, pour se délivrer des souffrances de la vie ; aujourd’hui, elle y découvrait comme une protestation suprême contre les injustices sociales, comme une vengeance qui pouvait devenir terrible si toutes les femmes, à la fin lassées de leur condition d’esclaves, vouées par la faim aux débauches de l’homme, s’avisaient d’y mettre un terme par une hécatombe formidable, un gigantesque sacrifice humain qui remplirait la terre d’épouvante et assurerait pour jamais, aux femmes des générations à venir, le respect et l’amour des hommes, et le droit à la vie dans la dignité du travail118.

On voit alors que le suicide est représenté comme une forme de liberté. Cette idée sera aussi exposée dans Le Roman d’un bas bleu (1892). En effet, la protagoniste soutient : « Dieu merci, ma vie m’appartient, et j’en puis disposer à mon gré. C’est ma consolation et ma force : je suis libre, puisque je puis anéantir, tout à l’heure, s’il me plaît, ce qui me reste de cette odieuse vie119. » Les morts présentes au terme des œuvres témoignent alors d’une décision de celles qui doivent par leur malheur, révéler au monde l’injustice de leur condition. Par l’écriture de ces destins funèbres, l’autrice souhaite une prise de conscience. Elle explique qu’en apitoyant « les âmes sensibles sur le sort de [leurs] héroïnes de romans120 », les auteurs peuvent espérer un changement des lois. Elle prône d’ailleurs dans son article sur « Le Code pénal et le roman », de poursuivre l’établissement de « lois de défense et de protection121 » pour les femmes. La représentation d’une vengeance féminine rejoint donc la visée politique de la littérature chez l’autrice : le roman peyrebrunien exige une réforme institutionnelle qui éviterait ces destins malheureux. Comme Peyrebrune l’écrit : il faut « tirer un enseignement » de « l’étude âpre et solide du vrai, du réel, du poignant122 ».

Conclusion : Viols et naturalisme au féminin, une « commune histoire123 » ?

En somme, ces trois récits interrogent la place de l’honneur féminin dans la société du XIXe siècle. Après avoir fait de « mauvaises rencontres », les personnages féminins cherchent à réhabiliter leur honneur, pour que la « faute » ne pèse plus sur leurs épaules. À travers la représentation des dysfonctionnements du système familial et juridique censé protéger et restaurer leur honneur, l’écrivaine questionne son efficacité et sa pertinence. Entre justice privée et droit positif, l’autrice interroge alors la place de « l’honneur » dans les lois, et espère un changement institutionnel. Plus généralement, nous pourrions nous interroger sur la manière dont ces récits s’ancrent dans un naturalisme au féminin. En effet, les œuvres de notre corpus s’inscrivent dans une esthétique naturaliste que Georges de Peyrebrune défend, notamment à travers plusieurs articles liés à Zola124. Comme l’a révélé Chantal Pierre125, les auteurs de ce courant littéraire représentent beaucoup les violences sexuelles subies par les femmes. Elle explique notamment que Zola atténue l’écriture des viols jusqu’à La Bête Humaine, parce que ces violences sont dramatisées par les faits divers et les mélodrames. C’est à partir de La Bête humaine que les viols occupent « une fonction cardinale126 », c’est-à-dire qu’ils sont représentés dans leur dimension scandaleuse. La critique rappelle également que Zola déclare dans son dossier préparatoire à La Débâcle qu’il ne « croi[t] pas beaucoup aux filles violentées, prises malgré elles127 », c’est-à-dire qu’il croit à la violence atavique des mâles et à la soumission des jeunes filles. Lucie Nizard a montré qu’il existait une spécificité de la représentation des viols par les autrices128. Dans le cas de Georges de Peyrebrune, la manière d’écrire les conséquences du déshonneur féminin diffère déjà de la représentation des violences effectuée par les autres auteurs naturalistes. En effet, expliciter les répercussions des épisodes de contrainte revient à montrer leur gravité, notamment dans le cas où ces violences ne sont pas prises en considération par les institutions familiales et juridiques. En représentant des scènes où les protagonistes féminins sont déshonorés, et notamment à travers leurs effets et l’enchaînement de malheurs, l’autrice propose une forme de prise de conscience. C’est donc peut-être dans la représentation des dynamiques de préservation (ou de réhabilitation) de l’honneur que se situe la spécificité d’un « naturalisme au féminin129 » chez Georges de Peyrebrune.

Bibliographie

 
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  1. Michelle Perrot, La vie de famille au XIXe siècle, Paris, Seuil, coll. « Point », 2015, p. 120.↩︎

  2. Camille Le Senne, Étrennes aux dames, cité par Nelly Sanchez, « Introduction » Georges de Peyrebrune, Correspondances. De la Société des gens de lettres au jury du prix Vie heureuse, Peyrebrune, p. 27.↩︎

  3. « Le récit de malheur au XIXe siècle », Études françaises, dir. Sophie Ménard, vol. 58, n °2, 2022↩︎

  4. Bulletin de la Cour de cassation, 25 juin 1857, dans Georges Vigarello Histoire du viol — XVIIe-XXe siècle, Paris, Seuil, coll. « Point », 1998, p. 329 : « Le fait d’abuser d’une personne contre sa volonté, soit que le défaut de consentement résulte de la violence physique ou morale exercée à son égard, soit qu’il résulte de tout autre moyen de contrainte ou de surprise pour atteindre, en dehors de la volonté de la victime, le but que se propose l’auteur de l’action ».↩︎

  5. Lucie Nizard, Les Voiles du désir féminin : 1857-1914, Paris, Presses Sorbonne Nouvelle, 2024 et « La plume amazone à l’assaut du viol. Romancières du second XIXe engagées contre les violences sexuelles », Trajectoires Humaines transcontinentales, n° 6, 2019, en ligne, https://www.unilim.fr/trahs/1707↩︎

  6. Chantal Pierre, « Viols naturalistes : “commune histoire” ou “épouvantable aventure” ? Tangence, (114), p. 61-78. En ligne : https://www.erudit.org/fr/revues/tce/2017-n114-tce03200/1041073ar/↩︎

  7. Marie Scarpa « “La chère enfant a eu un malheur”. Le destin d’une femme violée : Renée dans La Curée de Zola. » Études françaises, vol. 58, n° 2, 2022, p. 110↩︎

  8. « Le récit de malheur au XIXe siècle », Études françaises, dir. Sophie Ménard, vol. 58, n° 2, 2022.↩︎

  9. Marie Scarpa « “La chère enfant a eu un malheur” », op. cit., p. 109.↩︎

  10. Ibid.↩︎

  11. Georges de Peyrebrune, Victoire la Rouge, éd. Sophie Ménard, Paris, Le Livre de Poche, 2024, p. 58.↩︎

  12. Ibid., p. 67.↩︎

  13. Ibid., p. 91.↩︎

  14. Ibid., p. 92.↩︎

  15. Ibid., p. 93.↩︎

  16. Sophie Ménard, Victoire la Rouge, op. cit., note 5 du chapitre VIII, p. 203.↩︎

  17. Lucie Nizard, Les Voiles du désir féminin : 1857-1914, op. cit., p. 162.↩︎

  18. Ibid.↩︎

  19. Georges de Peyrebrune, Victoire la Rouge, p. 96.↩︎

  20. Ibid, p. 167.↩︎

  21. Jules Lemaitre « Romanciers contemporains : Georges de Peyrebrune », La Revue politique et littéraire, 30 octobre 1885, p. 2-5, dans « Critique de Victoire la Rouge », dans Victoire la Rouge, op. cit., p. 248.↩︎

  22. Georges de Peyrebrune, Gatienne (2e édition), Paris, C. Lévy, 1884, p. 46.↩︎

  23. Ibid.↩︎

  24. Lucie Nizard, Les Voiles du désir féminin : 1857-1914, op. cit., p. 183.↩︎

  25. Ibid., p. 184.↩︎

  26. Ibid., p. 186.↩︎

  27. Pierre Larousse, Grand dictionnaire universel du XIXe siècle, tome 8, Paris, 1872, p. 231↩︎

  28. Ibid, tome 7, p. 576.↩︎

  29. Lucie Nizard, Les Voiles du désir féminin : 1857-1914, op. cit., p. 189.↩︎

  30. Georges de Peyrebrune, Gatienne, op. cit., p. 54.↩︎

  31. Georges de Peyrebrune, Gatienne, op. cit., p. 240.↩︎

  32. Ibid., p. 239.↩︎

  33. Ibid., p. 49.↩︎

  34. Ibid., p. 54.↩︎

  35. Ibid., p. 37.↩︎

  36. Georges de Peyrebrune, Les Femmes qui tombent, Paris, C. Lévy, 1882, p. 5.↩︎

  37. Ibid., p. 273.↩︎

  38. Ibid., p. 10.↩︎

  39. Ibid.↩︎

  40. Ibid.↩︎

  41. Ibid↩︎

  42. Ibid., p. 11.↩︎

  43. Ibid.↩︎

  44. Ibid.↩︎

  45. Ibid.↩︎

  46. Ibid, p. 15.↩︎

  47. Ibid.↩︎

  48. Sophie Ménard « Préface », Victoire la Rouge, op. cit., p. 22.↩︎

  49. Georges de Peyrebrune, Gatienne, op. cit., p. 45.↩︎

  50. Georges de Peyrebrune, Les Femmes qui tombent, op. cit., p. 8.↩︎

  51. Ibid, p. 11.↩︎

  52. Lucie Nizard, Les Voiles du désir féminin : 1857-1914, op. cit., p. 165.↩︎

  53. Marie Scarpa « “La chère enfant a eu un malheur” », op. cit., p. 110. Elle explique cette notion de circulation des femmes d’après Lévi-Strauss : « l’anthropologie contemporaine en a fait l’un de ses champs de recherche majeurs – la survie d’une communauté, d’une famille ou d’un groupe social, dépend de la qualité des échanges qui la construisent, parmi lesquels la (bonne) circulation, toujours culturellement réglée, des femmes, entre filiation et alliance. »↩︎

  54. Ibid., p. 123.↩︎

  55. « La coutume est un ensemble de règles de vie partagées par un même groupe social, appuyées sur des pratiques, des savoirs, des croyances communes, plus ou moins formulés et formalisés. D’une certaine manière, c’est la part héritée de la culture, relative aux traditions (elle est ce qui se fait et doit se faire). » Marie Scarpa, « “La chère enfant a eu un malheur” », op. cit., p. 111.↩︎

  56. Ibid., p. 127.↩︎

  57. Ibid.↩︎

  58. Ibid.↩︎

  59. Georges de Peyrebrune, Gatienne, op. cit., p. 50.↩︎

  60. Ibid., p. 56.↩︎

  61. Ibid., p. 57.↩︎

  62. Yvonne Verdier, Coutume et destin. Thomas Hardy et autres essais, Paris, Gallimard « Bibliothèque des sciences humaines » 1995, p. 154, cité dans Marie Scarpa « “La chère enfant a eu un malheur” », op. cit., p. 123.↩︎

  63. Georges de Peyrebrune, Victoire la Rouge, op. cit., p. 39.↩︎

  64. Marie Scarpa, L’Éternelle jeune fille. Une ethnocritique du Rêve de Zola, Paris, Honoré Champion, coll. « Romantisme et modernités », 2009, p. 31 : « Les travaux d’aiguillent accompagnent donc les différents états de la vie d’une femme : après la puberté, ils conduisent la jeune fille sur la voie du mariage et de la maternité. Plus que d’une éducation, on peut parler ici d’initiation. Les jeunes filles nubiles maintenant vont devoir “se garder” tout en trouvant un mari. »↩︎

  65. Patricia Carles, Béatrice Desgranges, « Le cauchemar de l’éducation des filles. Notes sur Le Rêve de Zola », Romantisme, 1989, n° 63, p. 25.↩︎

  66. Georges de Peyrebrune, Victoire la Rouge, op. cit., p. 67.↩︎

  67. Expression de Daniel Fabre dans « L’invisible initiation : devenir filles et garçons dans les sociétés rurales d’Europe », 5 octobre 2015 et dans Marie Scarpa « “La chère enfant a eu un malheur” », op. cit., p. 123.↩︎

  68. Julian Pitt-Rivers, Anthropologie de l’honneur, trad. Jacqueline Mer, Paris, Hachette, coll. « Pluriel », 1997, p. I.↩︎

  69. Ibid., p. II.↩︎

  70. Ibid., p. III.↩︎

  71. Ibid., p. 30.↩︎

  72. Ibid., p. 47.↩︎

  73. Ibid., p. 50.↩︎

  74. Pierre Larousse, Grand dictionnaire universel du XIXe siècle, op. cit., tome 9, p. 376.↩︎

  75. Émile Littré, Dictionnaire de la langue française, tome 2, Paris, Hachette, 1873-1874, p. 2041.↩︎

  76. Georges Vigarello, Histoire du viol — XVIe-XXe siècle, Paris, Seuil, coll. « Point », 1998, p. 164.↩︎

  77. Article 213 du Code civil, Code civil des français : éd. originale, Imp. de la République, 1804, p. 53.↩︎

  78. Georges de Peyrebrune, Les Femmes qui tombent, op. cit., p. 5-6.↩︎

  79. Ibid., p. 15.↩︎

  80. Ibid., p. 46.↩︎

  81. Ibid.↩︎

  82. Ibid.↩︎

  83. Marie Scarpa, L’Éternelle jeune fille, op. cit., p. 56.↩︎

  84. Michelle Perrot, La Vie de famille au XIXe siècle, op. cit., p. 120.↩︎

  85. Émile Littré, Dictionnaire de la langue française, tome 2, Paris, Hachette, 1873-1874, p. 2041.↩︎

  86. Julian Pitt-Rivers, Anthropologie de l’honneur, p. 55.↩︎

  87. Georges de Peyrebrune, Gatienne, op. cit., p. 202- 203.↩︎

  88. Georges de Peyrebrune, Victoire la Rouge, op. cit., p. 68.↩︎

  89. Ibid., p. 109.↩︎

  90. Julian Pitt-Rivers, Anthropologie de l’honneur, op. cit., p. 83.↩︎

  91. Laurent Ferron, « Prouver le crime de viol au XIXe siècle », dans Bruno Lemesle (dir.), La preuve en justice, Rennes, Presses universitaires de Rennes, 2003, en ligne, https://doi.org/10.4000/books.pur.15825.↩︎

  92. Pour plus de détails, voir le dossier « Le code pénal et le roman peyrebrunien » de Sophie Ménard dans Georges de Peyrebrune, Victoire la Rouge, op. cit., p. 213-240.↩︎

  93. J. Aléthof, « Chronique : le Code pénal roman », La République française, 14 décembre 1883, p. 3, col. 1-3 dans Georges de Peyrebrune Victoire la Rouge, op. cit., p. 233.↩︎

  94. Sophie Ménard « Le code pénal et le roman peyrebrunien » dans Victoire la Rouge, op. cit., p. 232.↩︎

  95. Julian Pitt-Rivers, Anthropologie de l’honneur, op. cit., p. 30.↩︎

  96. Sophie Ménard, « Le code pénal et le roman peyrebrunien » Victoire la Rouge, op. cit., p. 218.↩︎

  97. Georges de Peyrebrune, Gatienne, op. cit., p. 96.↩︎

  98. Article 1124 du Code Civil (op. cit.) : « Les personnes privées de droit juridiques sont les mineurs, les femmes mariées, les criminels et les débiles mentaux ».↩︎

  99. Georges de Peyrebrune, « Une séduction », La revue politique et littéraire, 12 janvier 1884, p.37.↩︎

  100. Georges de Peyrebrune, Le Roman d’un bas-bleu, Paris, Les plumées, 2025 [1892], p. 381.↩︎

  101. Georges de Peyrebrune, Une séparation, Paris, La renaissance du livre, 1913, p. 22.↩︎

  102. Georges de Peyrebrune, « Le Code pénal et le roman », Paris, 16 décembre 1883, p. 2, dans Victoire la Rouge, op. cit., p. 236.↩︎

  103. Ibid., p. 237.↩︎

  104. Sophie Ménard, « Le code pénal et le roman peyrebrunien » dans Victoire la Rouge, op. cit., p. 236.↩︎

  105. Georges de Peyrebrune, Victoire la Rouge, op. cit., p. 160.↩︎

  106. Ibid., p. 119.↩︎

  107. Sophie Ménard, « Préface », Victoire la Rouge, op. cit., p. 24.↩︎

  108. Georges de Peyrebrune, Victoire la Rouge, op. cit., p. 192.↩︎

  109. Georges de Peyrebrune, Les Femmes qui tombent, op. cit., p. 186.↩︎

  110. Ibid., p. 187.↩︎

  111. Ibid., p. 193.↩︎

  112. Ibid., p. 194.↩︎

  113. Enrica Zanin, « Le viol de la nouvelle au roman », dans La Fiction face au viol, Paris, Hermann, 2024, p. 109.↩︎

  114. Ibid.↩︎

  115. Ibid.↩︎

  116. Georges de Peyrebrune, « Préface », Les Femmes qui tombent, op. cit., p. 10.↩︎

  117. Ibid., p. 11.↩︎

  118. Georges de Peyrebrune, Les Femmes qui tombent, op. cit., p. 249.↩︎

  119. Georges de Peyrebrune, Le Roman d’un bas-bleu, op. cit., p. 12-13.↩︎

  120. Georges de Peyrebrune, « Le Code pénal et le roman », op. cit., dans Victoire la Rouge, op. cit., p. 235.↩︎

  121. Ibid., p. 234.↩︎

  122. Ibid., p. 235.↩︎

  123. Expression de Chantal Pierre, « Viols naturalistes : “commune histoire” ou “épouvantable aventure” ? », Tangence, n° 114, p. 61-78, en ligne : https://www.erudit.org/fr/revues/tce/2017-n114-tce03200/1041073ar.↩︎

  124. Sophie Ménard, « Georges de Peyrebrune, écrivaine naturaliste : les fatalités du ventre féminin dans Victoire la Rouge », dans Marie-Astrid Charlier (dir.), Naturalismes en réseau. Approches réticulaires et connectées, à paraître sur le site de Média19.↩︎

  125. Chantal Pierre, « Viols naturalistes : “commune histoire” ou “épouvantable aventure” ? », loc. cit.↩︎

  126. Ibid., p. 74.↩︎

  127. BnF, NAF, ms 10. 286, fo 83 dans Chantal Pierre, « Viols naturalistes : “commune histoire” ou “épouvantable aventure” ? », op. cit., p. 72.↩︎

  128. Lucie Nizard, « La plume amazone à l’assaut du viol. Romancières du second XIXe engagées contre les violences sexuelles », Trajectoires Humaines transcontinentales, n° 6, 2019, en ligne, https://www.unilim.fr/trahs/1707.↩︎

  129. Nelly Sanchez, « En guise d’introduction. Le naturalisme au féminin », Les Cahiers naturalistes, n° 95, 2021, p. 129-132.↩︎


Louise Chaufourier est doctorante en littérature française. Sa thèse, intitulée « Codes et corps d’honneur dans l’œuvre romanesque de Georges de Peyrebrune » est effectuée à l’Université de Lorraine sous la direction de Marie Scarpa et de Sophie Ménard, au sein du laboratoire du CREM. Elle est titulaire d’un master en littérature à la Sorbonne mention très bien. Son mémoire de recherche portait sur la représentation de la corpulence dans les Rougon-Macquart. Plus généralement, elle s’intéresse aux représentations des corps en régime naturaliste.

 

 

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